CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE VI. 44 i
quelquefois dans les saintes Ecritures le nom de Père, et ailleurs celui d'Epoux ou de Mari, Deut. xxxn, 6; Ps. lxxxviii, 27; en, 13; Isa. lxiii, 16; Jerem. m, 1, 4; Malth. xxm, 9; Ps. xvm, 6; Cant. iv ; Matth. ix, 15, car les deux noms et les deux qualités lui conviennent, cependant le nom de Mari ou d'Epoux lui convient mieux en certaine manière que celui de Père. Car le père, son fils fùt-il aussi pervers que le fut Absalon à l'égard de David, II Reg. xv, xvm, le père se souvient toujours qu'il est père et ne veut pas la mort de son fils ; mais le mari, si la femme est adultère et criminelle, perd bientôt l'amour qu'il avait pour elle, et la plus grande des affections devient ainsi la plus cruelle des inimitiés. D'où nous ne devons pas nous étonner qu'à l'occasion du péché de la mort du Christ, Dieu ait usé de ce châtiment envers son épouse, la synagogue, et qu'il l'ait réduite si bas, tandis qu'il a placé si haut la gentilité.
C'est ce qui arriva aussi pour les bénédictions que le patriarche Jacob donna à ses fils. Car il dit à Ruben, qui était l'aîné et qui à ce titre devait être le mieux partagé pour les dons et l'autorité, auquel devait échoir la dignité de roi ou de grand-prêtre, qu'il ne lui donnerait aucun de ces honneurs à cause du péché qu'il avait commis en déshonorant la couche de son père. Gen. xlix. Cela étant conforme aux lois de la justice divine, pourquoi nous étonner que Dieu fasse pour les peuples ce qu'il fait pour les individus, lorsque les péchés s'interposent et occasionnent tous ces changements de la part de la justice divine? Aussi voyons-nous tomber ce premier ange qui, selon l'opinion de saint Grégoire, in Evang., Hom. xxxiv, était la plus élevée de toutes les créatures, et en devint par son orgueil la plus basse et la plus abominable. Yoyons-nous aussi la femme qui, dans l'ordre des créatures raisonnables, se trouve placée par sa nature au dernier degré, la voyons-nous s'élever par sa profonde humilité au faîte de la création, à côté de son fils unique. Luc. i. D'après cela, ne nous étonnons donc pas, là où nous verrons intervenir le péché, qu'il y ait des changements en rapport avec les fautes, puisqu'ils suffirent, comme nous l'avons dit, à détruire le monde dans les eaux du déluge et à changer les anges en démons.
Ajoutons pour la consolation de ceux qui se voient humiliés, ou plutôt rappelons cette prophétie d'Isaïe qui, en s'adressant à la gentilité, dit : « Réjouis-toi, toi qui n'enfantais point dans ta stérilité, tressaille d'allégresse, et loue Dieu de ne t'avoir point donné les douleurs de l'enfantement, car les enfants de la femme stérile seront au-dessus des enfants de celle qui possède un mari. » Isa. liv, 1. Or que signifie cela? Il n'est pas difficile de comprendre que la femme stérile qui n'enfantait pas, c'est la gentilité, qui ne produisait point d'enfants spirituels, d'hommes fidèles et saints, et que celle qui avait un mari, c'était la synagogue, femme et épouse de Dieu, comme il l'appelle souvent dans les saintes Ecritures. Ps. xvnr, 6; Cant. iv; Matth. ix, 15. Le Prophète veut dire par là que le nombre des fidèles qui se convertiront dans la gentilité sera plus grand que celui du judaïsme. Puisqu'il en est ainsi et que ce peuple est le plus grand en nombre, pourquoi s'étonner qu'il soit aussi le plus grand en dignité? Le lieu le plus étendu est ordinairement réservé au plus grand nombre.