‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 272 sur 383 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

à leur manière l'approche de la mort : la poitrine se soulève, la gorge est resserrée, les extrémités se refroidissent, la voix s'enroue, les narines se dessèchent, la respiration est saccadée, l'œil s'éteint, la couleur du visage est changée, tout annonce et ressent une fin prochaine ; de même , lorsque le grand monde , celui que nous habitons, après avoir fourni le nombre complet des prédestinés qui doivent peupler le ciel, sera sur le point de finir, de profondes altérations se manifesteront dans chacune de ses parties, au ciel et sur la terre, dans la mer et dans l'air, dans l'homme lui-même, qui en forme le point culminant. Alors le soleil se couvrira de ténèbres, la lune paraîtra couleur de sang, les étoiles sembleront tomber du ciel, l'air sera sillonné d'éclairs et retentira des éclats du tonnerre , la mer poussera d'horribles mugissements et soulèvera tellement ses ondes que les hommes effrayés croiront la terre sur le point d'être engloutie. A ce spectacle, ils seront frappés de stupeur et hors d'eux-mêmes; ils erreront comme de pâles et livides fantômes au milieu des éléments bouleversés. Avant cela, une conflagration universelle aura régné parmi les peuples; partout des dissensions et des guerres, des tremblements de terre sans exemple, des pestes et des famines, tous les signes de la colère du ciel.

Le monde étant dans cet état, an archange viendra de la part du souverain Juge, et par les terribles éclats de sa trompette appellera tous les hommes, vivants ou morts, aux pieds du divin tribunal. A cet appel épouvantable, par un effet de cette puissance infinie qui de rien créa le monde, ressusciteront tous les hommes qui sont, furent et seront; et tous se réuniront dans le lieu déterminé par la justice de Dieu ; ils seront là dans un dénûment complet, tous égaux, sans distinction d'aucune sorte, grands et petits, riches et pauvres, savants et ignorants. Les plus puissants monarques seront alors aussi seuls qu'ils furent autrefois accompagnés, dans une humiliation égale aux honneurs qu'ils recevaient dans le monde, indigents et faibles autant qu'ils avaient été riches et forts. Tous seront là saisis de frayeur, attendant que leur sort soit à jamais décidé. En ce moment, le Fils de Dieu descendra du ciel revêtu d'une grande puissance et d'une

incomparable majesté, entouré de toutes les milices angéliques ; il viendra juger l'univers et rendre à chacun suivant ses mérites et le caractère de sa vie. Tout cela, par un effet de la toutepuissance divine, s'accomplira dans un instant. Le Juge suprême dira aux bons : « Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. » Mat th. xxv, 34. Puis il dira aux méchants : « Allez, maudits, au feu éternel. » Ibid. 41. Ce feu les tourmentera pendant toute l'éternité, ces malheureux désormais séparés de la société des élus et de Dieu même ; ils imploreront la mort, et la mort fuira loin d'eux ; ils maudiront sans fin le ciel et la terre, les auteurs de leurs jours, l'abus qu'ils ont fait de la vie présente, tout le mal qu'ils ont commis sur la terre.

Un tel sujet convenablement présenté doit nécessairement glacer de terreur les cœurs des hommes. L'apôtre saint Paul l'exposait devant le président Félix, lequel, étant Gentil, ne croyait pas évidemment aux mystères de notre foi ; et cependant l'Ecriture nous dit qu'il se mit à trembler de tous ses membres en entendant prononcer de telles paroles. Âct. xxiv. Cette terreur dispose merveilleusement les cœurs à recevoir la foi, le seul moyen par lequel l'homme puisse échapper à de si grands maux.

Voilà donc la marche qu'on pourra suivre dans l'exposition des dogmes chrétiens à l'égard de ceux qui désirent s'en instruire.

Page 1