‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 271 sur 383 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

duction au Symbole, chapitre trente-sixième, où le prédicateur pourra puiser ce qu'il jugera convenir le mieux à ses auditeurs.

Pour revenir à ce qui doit maintenant nous occuper, l'immensité de la gloire que les bons auront en partage dans l'autre vie , disons qu'il n'y a pas d'intelligence humaine capable de l'embrasser. En effet, si dans ce monde, où tant d'offenses sont commises contre Dieu, sa main libérale a semé tant de merveilles, la verdure des champs, la fraîcheur des ombrages, la beauté des fleurs, le doux chant des oiseaux, le murmure des eaux courantes, le brillant de l'or et de l'argent, des pierres précieuses, et pardessus tout l'éclat des deux, du soleil, de la lune, des étoiles sans nombre qui brillent au firmament; que n'aura- t-il pas fait par delà ce ciel visible, dans ce monde supérieur où lui-même réside, dans cet heureux séjour préparé pour la gloire de ses élus? Si sa magnificence s'est ainsi démontrée pour les pécheurs, qu'a-t-il donc réservé pour les justes? Celui qui donne de semblables trésors, sans rien devoir, quelle récompense n'accordera-t-il pas au mérite? Un maître si magnifique dans ses dons, que sera-t-il en payant des services? Non, il n'est pas possible de comprendre la gloire dont il comblera des serviteurs reconnaissants, quand il a fait de si grandes choses pour des ingrats.

Mais, d'un autre côté, la grandeur des peines qu'il réserve aux méchants, c'est-à-dire à ceux qui violent cette loi naturelle dont nous avons parlé, ne saurait être expliquée par des paroles. Comme il est souverainement bon, Dieu est souverainement juste ; s'il a pour les hommes vertueux un amour suprême, il a pour les méchants et les pervers une suprême aversion. Par conséquent si la gloire qu'il a préparée pour les uns est incompréhensible, le châtiment qu'il réserve aux autres ne l'est pas moins. Les deux aspects de cette vérité, saint Augustin nous les présente en ces termes : « De même que nulle joie de la vie présente n'égale la joie des élus dans le ciel; de même aucune peine temporelle, quelque grande qu'elle soit, ne peut se comparer aux supplices de l'enfer. Dans ce lieu de tortures existent à la fois un feu dévorant, un froid intolérable, de profondes ténèbres, une insupportable puanteur, le ver qui ne meurt pas,

des blasphèmes inspirés par la rage, de perpétuelles malédictions, la vue des formes les plus hideuses, des dragons et des serpents, un désespoir universel. Disons plus encore : une mort sans mort, une douleur sans expiation, un repentir sans fruit, une pénitence sans espoir de pardon. » Serm. clxxxi.

Enseignement de la résurrection universelle.

Si, à la suite de ce que nous avons dit, le prédicateur désire traiter de la résurrection des corps et du jugement dernier, il pourra continuer son enseignement de la manière suivante :

Outre ce qu'on vient d'entendre, la religion chrétienne nous enseigne que tous les corps ressusciteront un jour. La justice divine exige que les hommes vertueux ayant mis au service du Créateur leur corps et leur âme, ils soient récompensés dans l'un et dans l'autre, et que les méchants ayant abusé de ces deux substances contre Dieu, ils soient également punis dans les deux. Il faut que le corps ait part à la peine , comme il eut part à la faute ; et l'on peut dire que c'est lui surtout qui fut la cause de cette dernière. On ne saurait objecter que cela soit impossible à Dieu; car celui qui d'un peu de sang a pu former dans les entrailles de la mère un corps humain avec tous ses membres, ses sens et ses organes, pourra bien sans doute le rétablir d'un peu de poussière et de cendre, quand il le voudra; celui qui d'un pépin d'orange fait un arbre si beau, et d'une graine de pin un arbre si grand, celui qui de rien a pu créer le monde, ne pourrat-il pas à plus forte raison former de nouveau ce corps humain de cette même terre dans laquelle il est rentré?

Or, le jour marqué pour la résurrection de tous les corps, c'est le dernier jour du monde, jour où tous les hommes seront jugés selon leurs œuvres et leur sort à jamais fixé par la suprême sentence. Mais ce jour sera précédé par d'étonnants prodiges ; des signes effrayants annonceront la fin du monde. Il y aura là quelque chose de semblable à ce qui présage la mort du l'homme, qu'on a pu nommer un monde abrégé : quand l'homme est près de sa fin, tous les membres de son corps défaillent et manifestent

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