‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 274 sur 383 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

recherche un avantage humain , il faut le désabuser et lui dire qu'il ne prend pas la véritable porte pour entrer dans le sanctuaire de la religion. En effet, s'il obéit à des considérations temporelles, à la crainte d'un mal, à l'espoir d'un bien terrestre, quand ces motifs viendront à disparaître, il abandonnera la foi aussi facilement qu'il l'a reçue. Que le prédicateur travaille donc à purifier l'intention du catéchumène, et lui persuade qu'il doit embrasser la foi dans l'unique but de servir et de glorifier Dieu, son Créateur, son souverain Maître, et par là de sauver son âme, de la délivrer des peines que tous les méchants auront à subir.

Or, comme l'affaire du salut est la plus grande de toutes celles qu'on peut avoir à traiter en ce monde, c'est par l'humilité surtout qu'on se dispose à recevoir les connaissances et les sacrements nécessaires pour cela; « car Dieu est l'ami des humbles et l'ennemi des superbes, qui mettent leur confiance en eux-mêmes et dans les ressources de leur esprit. » Prov. m, 34; Jacq. iv, 6. Par conséquent, le catéchumène doit commencer par s'humilier devant cette Majesté suprême, dans la ferme persuasion que d'elle seule peut venir la lumière qui doit le conduire au salut. De même que tous les biens et tous les fruits de la terre procèdent du mouvement des cieux, de même tous les biens spirituels de l'àme ont leur source dans le sein de la divinité. L'existence heureuse est évidemment une chose supérieure à la simple existence : si donc l'existence naturelle et corporelle vient d'en haut, à plus forte raison doit venir de là ce qui fait le bonheur de cette même existence ; et ce bonheur consiste dans la connaissance et l'amour du Créateur. Voilà pourquoi l'homme doit s'humilier et demander à Dieu qu'il lui fasse la grâce de connaître sa vérité.

Une seconde disposition n'est pas moins nécessaire, c'est la docilité à croire les enseignements qui lui sont transmis. Celui qui veut apprendre une science, disent à bon droit les philosophes, doit commencer par croire à la parole du maître, bien que celui-ci ne lui donne pas au début la raison des choses. Cette raison lui sera plus tard expliquée quand il aura fait quelques

progrès dans la science ; alors seulement il pourra la comprendre par la connexité des diverses parties entre elles.

Il ne faut pas vouloir embrasser au premier abord la doctrine tout entière de la foi ; elle embrasse beaucoup de choses dans son ensemble et prétendre tout voir d'un seul coup, ce serait tomber dans une confusion inévitable. Il est donc nécessaire de marcher pas à pas dans la science sacrée, comme dans toutes les autres ; car les parties qui la composent sont tellement enchaînées entre elles , elles se déduisent si bien les unes des autres , que les premières apprises répandent sur les suivantes une vive clarté. Et, comme il y a là des choses plus ou moins faciles, nous commencerons par celles qui le sont le plus pour arriver par degrés à celles qui le sont le moins.

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