CHAPITRE VI. 4G
de renvoyer ces deux grands mystères aux dernières leçons , et de parler d'abord des sacrements, qui sont autant de remèdes aux infirmités que nous éprouvons chaque jour dans la vie , et dont la Providence ne pouvait pas dès lors nous priver. Nous serons brefs dans cette exposition. Avant tout, il importe de bien savoir que les sacrements sont en réalité les remèdes spirituels de nos âmes, et que nous les devons aux célestes médecins descendus sur la terre pour nous guérir de tous nos maux.
Pour bien expliquer cela, prenons pour point de départ une sentence bien connue des philosophes : ils enseignent tous que l'auteur de la nature ne saurait manquer dans les choses nécessaires aux êtres qu'il a formés. On le voit, comme nous l'avons déjà remarqué par les aptitudes qu'il a données aux animaux pour chercher leur nourriture, se défendre dans les dangers, propager leur espèce et se guérir de leurs maladies. D'un autre côté, la divine Providence ayant un plus grand soin des choses les plus nobles, et l'homme étant la plus noble de toutes les créatures qui composent ce monde inférieur, il est évident qu'elle doit pourvoir aux nécessités de l'homme et à ses infirmités plus qu'à celles des autres créatures. Comme, en outre, des deux parties qui composent l'être humain, l'àme est sans comparaison la plus excellente, elle a par là même un droit spécial et supérieur aux soins de la divine Providence.
Or, de toutes les infirmités que l'homme peut avoir à souffrir dans son âme, la plus grave, sans contredit, c'est la concupiscence ou l'inclination de sa nature vers le mal ; car c'est là ce qui nous pousse avec tant de véhémence au vice et au péché. Ajoutons que cette infirmité ne se guérit pas par la simple connaissance du bien et du mal, telle que nous la transmet l'enseignement de la loi divine ; les hommes ne pèchent pas tant par les faits de l'ignorance que par celui de la corruption et du désordre de leurs appétits. Il faut donc là un autre remède, qui soit en rapport avec la maladie. Ce remède consiste dans la divine grâce, laquelle ne se borne pas à rendre une âme agréable et belle aux yeux de Dieu, mais donne encore naissance à toutes les vertus; et les vertus à leur tour lui servent d'armure et la mettent en état
d'observer tous les commandements de Dieu, de résister à toutes les contradictions, à toutes les attaques de l'ennemi, aussi bien qu'aux appétits intérieurs et à tous les entraînements de la chair. Puisque c'est là l'infirmité la plus grande et la pressante nécessité de nos âmes, on ne saurait douter que le Seigneur, qui se déclare lui-même l'ami des âmes et qui ne nous fait jamais défaut, comme nous l'avons déjà dit, dans les choses nécessaires, ne nous ait pourvus d'un secours proportionné à de semblables besoins. C'est ce qu'il a fait dans l'institution des sacrements ; car ils possèdent la vertu de nous donner cette grâce dont nous parlons et qui est le grand remède à nos infirmités spirituelles. Mais, bien que tous les sacrements aient ceci de commun, qu'ils donnent la grâce, chacun d'eux possède une vertu spéciale, produit un effet particulier propre à l'état où chacun peut se trouver, et c'est par là que les sacrements se distinguent les uns des autres.
Du nombre des sacrements.
Cette question est naturellement amenée par ce qui précède ; c'est donc ici que nous devons en parler. Posons d'abord un principe : le corps et l'âme étant en quelque sorte unis par des liens fraternels, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils aient des nécessités semblables. Notre corps naît d'abord, puis se développe, et ceci, par l'effet d'une nourriture conforme à sa nature même et sans laquelle il ne saurait maintenir sa vie ; il est sujet à de fréquentes maladies dont il ne peut guérir qu'à l'aide des remèdes ; après sa guérison, il demeure quelque temps faible et débile; il a besoin de reprendre ses forces épuisées. Nous pouvons observer les mêmes péripéties et les mêmes infirmités dans notre âme, en les entendant dans un sens spirituel, comme nous allons l'expliquer. Il y a là cinq phases différentes, et nous trouvons aussi cinq sacrements coordonnés par le Sauveur de la même manière : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence et l'Extrème- Onction. Ces sacrements servent de remède aux cinq infirmités spirituelles énumérées plus haut et qui correspondent à celles