CHAPITRE VII
les sucs de la terre. Chose bien digne d'attention, ces trois sortes d'âme, réparties dans trois différents ordres de créature, se trouvent réunies dans l'homme, mais comme autant de facultés diverses, sans nuire à la parfaite unité de l'être humain. C'est ainsi que nous reconnaissons trois personnes distinctes dans la divinité, sans préjudice pour l'unité de la substance divine : il n'y a donc pas trois dieux, mais un seul. On pourrait encore ajouter, quoique d'une manière bien rigoureuse, qu'il y a cinq doigts dans notre main très-distincts entre eux, ce qui ne fait néanmoins qu'une main ; ainsi dans cette sublime nature il y a trois personnes distinctes, mais une seule substance, une seule et même divinité. Quand nous appliquons à Dieu ces noms de Père et de Fils, il ne faut pas que notre imagination s'égare sur les objets corporels; car, comme Dieu est un esprit très-pur et très-simple, rien ne s'accomplit en lui que par l'entendement et la volonté. Ses opérations au dehors n'ont pas un autre mode ; c'est de la même façon qu'il a créé les anges, cet univers et tout ce qu'il renferme. Cette divine génération n'a rien de matériel, elle est toute spirituelle. Ainsi comprise, elle n'a pas lieu de nous étonner. Celui qui a donné à toutes les créatures vivantes de ce monde inférieur la faculté de propager la vie qu'elles possèdent et de se multiplier dans la même espèce, si bien que l'homme naît de l'homme , l'animal de l'animal , la plante de la plante , ne pouvait pas évidemment être lui-même stérile et n'avoir pas un Fils qu'il engendrât d'une manière ineffable.
Il ne faut pas non plus s'étonner que notre entendement ne puisse pas comprendre la génération divine. S'il n'est pas d'entendement humain qui comprenne comment l'enfant est formé dans le sein de sa mère, c'est-à-dire, comment d'une matière informe provient un corps si merveilleusement organisé, avec ses membres et ses sens, ayant tous une destination si spéciale et si bien marquée, avec cette infinie variété de veines, d'artères et de nerfs, une charpente aussi ferme, une chair si douce et si sensible ; cette génération corporelle nous étant entièrement cachée, comment notre intelligence pourrait-elle s'élever à la hauteur de la génération divine?
Nous avons donné d'autres exemples tiré du monde des corps, dans notre Introduction au Symbole : Les uns ayant pour objet d'expliquer, toujours bien imparfaitement, ce profond mystère ; les autres, d'humilier l'entendement de l'homme en lui montrant combien sont bornées ses connaissances sur les choses même que nous voyons de nos yeux, que nous touchons de nos mains; et cela, pour qu'il rentre en lui-même, à la vue de son ignorance et de sa pesanteur, et qu'il n'entreprenne jamais de pénétrer dans les secrets de l'Etre divin. Si les philosophes avouent que l'œil de notre âme n'est pas moins faible pour découvrir les mystères de la nature que ne l'est celui du hibou pour contempler la lumière du soleil; est-ce donc une merveille qu'il le soit encore beaucoup plus quand il s'agit d'atteindre aux souveraines hauteurs de la substance divine, à ces inaccessibles sommets de l'existence et de la vérité? Un sage a dit avec beaucoup de raison : L'entendement n'a été donné à l'homme que dans une certaine mesure, d'une manière limitée ; il ne saurait donc pas entendre les choses qui sont sans mesure et sans limite. Pline disait que les œuvres de l'auteur de la nature sont quelquefois si belles et si merveilleuses qu'elles paraissent incroyables à l'homme, par la raison que son intelligence ne peut les embrasser. Mais, si le Créateur est tellement admirable dans ses œuvres, combien plus ne le sera-t-il pas en lui-même? Si la raison est incapable de comprendre les effets, comment serait-elle capable de comprendre la cause éternelle qui les produit? C'est donc une bien grande folie à l'homme de ne pas croire qu'une chose existe parce qu'il ne la comprend pas, alors qu'il est forcé de reconnaître l'existence de tant de choses qu'il ne saurait expliquer. Sur tout ce qui précède on trouvera de plus longs développements dans la quatrième partie du livre auquel j'ai si souvent renvoyé le lecteur, et spécialement dans le troisième dialogue qui traite de la très-sainte Trinité.
C'est là qu'on pourra puiser ce qu'on jugera le plus facile et le mieux en rapport avec l'intelligence de l'auditeur. On aura soin d'ajouter que nous sommes dans l'obligation d'aimer et de servir Dieu de toutes les puissances de notre âme, dont les deux prin-