‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 287 sur 383 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

elles contribuent à la mettre dans un plus grand jour. Nous allons le démontrer par un exemple : la différence qui existe entre le médecin d'un prince et son cuisinier, on peut aussi l'établir entre le véritable et le faux prophète. Le cuisinier ne fait attention qu'à la saveur des mets qu'il prépare ; et le médecin ne tient compte que de la santé du prince ; que les aliments soient savoureux ou qu'ils soient insipides, peu lui importe, pourvu qu'ils soient salutaires. C'est ainsi que les faux prophètes, sans égard pour les droits de la vérité, ne se préoccupent que de ce qui peut flatter les oreilles du peuple ; c'est-à-dire qu'ils ne proposent à ce dernier que des choses faciles à croire, agréables à pratiquer, bien sûrs d'obtenir son adhésion par ce moyen, comme on le voit par la loi de Mahomet. Les véritables prophètes n'ont aucun souci d'une semblable délicatesse et n'ont en vue que les intérêts de la vérité, qu'elle soit amère ou suave, qu'elle flatte ou choque le sens humain ; ils ont mis leur confiance en Dieu, qui saura bien rendre croyables les mystères qu'ils annoncent en son nom et pour sa gloire. D'où il résulte qu'un signe frappant de la vérité d'une doctrine, c'est qu'elle s'élève au-dessus de notre raison et qu'elle heurte les goûts et les appétits de notre chair.

Explication de cet ineffable mystère au moyen de quelques comparaisons.

Ainsi donc, entre toutes ces choses si élevées, la première est le mystère de la très-sainte Trinité ; en le confessant, nous reconnaissons en Dieu, notre Seigneur, une excellence dont nous voyons la figure dans la personne des rois. Les rois, en effet, considérés comme tels, possèdent certains privilèges qui n'appartiennent à aucun de leurs sujets. Ils portent le sceptre et la couronne, ils exercent le souverain pouvoir sur tous leurs Etats; aussi ne sont-ils soumis à personne, tout le monde au contraire leur est soumis : c'est là ce qui les distingue des autres hommes. Or, que cette distinction convienne à la nature même de la royauté, le Créateur semble avoir voulu nous le montrer dans la république des abeilles; car leur reine porte dans son corps et sa configuration des caractères qui frappent au premier abord et

qui n'existent pas dans les autres. Nous disons à peu près dans le même sens et par similitude, que Dieu notre Seigneur, le roi suprême de l'univers, possède également des attributs qui le séparent de toutes ses créatures. L'un de ces attributs dislinctifs est que dans ce souverain Seigneur, bien qu'il n'y ait qu'une substance, il y a cependant trois personnes ; tandis que dans les créatures raisonnables il n'y a qu'une personne tout comme il n'y a qu'une substance. Les trois personnes divines sont : le Père, le Fils et le Saint-Esprit; le Père produit le Fils, et le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père. Ce mystère ne saurait être démontré par des arguments humains; il échappe même aux vues courtes et bornées de notre faible raison. On ne peut pas non plus trouver dans les choses créées un terme de comparaison qui nous en donne une idée ; car la distance entre le Créateur et les créatures est infinie; rien dans ces dernières ne ressemble donc exactement à Dieu, et les comparaisons nécessairement imparfaites qu'on peut en tirer ne peuvent servir qu'à stimuler un peu notre intelligence. C'est ainsi qu'une comparaison est tirée du soleil, la plus noble de toutes les créatures corporelles, et celle des lors qui présente le plus de ressemblance avec le Créateur ; de même qu'il y a trois choses dans le soleil, l'astre lui-même, la lumière dont il est le foyer, et la chaleur qui provient de ces deux choses ; de même en Dieu nous confessons la personne du Père, celle du Fils, qui est engendrée par le Père et celle du Saint-Esprit, qui procède des deux autres. Notre âme nous fournit encore une comparaison ; ce qui ne doit pas étonner, puisqu'elle est faite à l'image et à la ressemblance de Dieu.

Nous reconnaissons en elle trois puissances ou facultés qu'on désigne sous le nom d'àme intellective, sensitive et végétative. Par l'àme intellective nous percevons les choses spirituelles, ce qui nous fait ressembler aux anges; par l'àme sensitive nous percevons les choses corporelles au moyen des cinq sens, ce qui nous est commun avec les bêtes; par la végétative se conserve et se maintient la vie du corps, les aliments sont digérés et convertis en notre substance : ce dernier genre de vie se trouve aussi dans les plantes qui puisent leur sève et leur vigueur dans

Page 1