CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE PREMIER. o
Maintenant que nous savons que la foi est un don magnifique de Dieu, il nous sera aisé de comprendre que le principal moyen de l'obtenir ou de la fortifier en nous est de la demander à Dieu par de ferventes et de fréquentes prières. Youlez-vous donc enraciner cette vertu dans votre âme, persévérez nuit et jour dans l'humilité et la prière et demandez à Dieu qu'il l'augmente et la perfectionne en vous. Remarquez-le bien : comme elle est le premier fondement et la racine de toutes les vertus, en même temps que la racine, se développeront les rameaux, et ainsi toutes les vertus qui procèdent d'elle grandiront et arriveront dans votre cœur au plus vif éclat.
La prière fervente nous est encore d'un autre secours. C'est dans la prière, ainsi que nous l'apprend saint Bernard, que l'àme boit ce vin mystérieux dont la suavité l'enivre, là jette hors d'elle-même et l'unit à Dieu. Sup. Cant., xnx. Telle est la douceur de ce breuvage saint, qu'il nous permet de sentir dune manière presque certaine la présence de l'Esprit consolateur qui nous le • prépare et nous le donne. Témoignage éclatant de la vérité de notre foi qui se rend maître de l'esprit de l'homme, dissipe tous les nuages et lui fait croire avec la plus grande clarté les mystères de notre foi.
Voilà un des principaux moyens par lesquels se confirme et croit en nous ce don céleste; avec lui la foi devient facile; sans lui, ni les démonstrations les plus victorieuses, ni les miracles les plus éclatants ne sont capables d'affermir nos esprits dans la foi. Est-ce que les prodiges manquèrent à Pharaon en Egypte? Est-ce que notre Seigneur n'opéra pas, sous les yeux des Pharisiens, de nombreux et signalés miracles? Cependant ni les uns ni les autres n'ont reçu la foi en partage. Pourquoi cela, sinon parce que leurs • crimes les en avaient rendus indignes?
Un autre moyen de rendre cette lumière de la foi plus vive, c'est de vivre saintement. La clarté du soleil brille plus vivement quand elle se réfléchit sur un miroir limpide; de même les rayons de cette divine lumière obtiennent un éclat nouveau quand ils rencontrent une âme pure à laquelle le péché est étranger. De plus, et ceci est utile à observer, la foi, comme la charité et toutes
les vertus, augmente en nous par la pratique des bonnes œuvres ; plus elles sont abondamment produites par une âme, et plus la foi y prend de profondes racines et de merveilleux développements, plus elle s'attache cette âme par des liens aussi saints qu'insolubles.
La foi tire un nouvel accroissement de la considération humble et pieuse de tout ce que le Seigneur a fait pour confirmer cette vérité. Que de prodiges ! que de travaux ! En vérité si l'erreur était possible après tant d'actions éclatantes, nous pourrions nous tourner vers Dieu et lui dire : « Si nous nous trompons, Seigneur, c'est vous-même qui êtes cause de notre erreur ! Yous avez opéré tant de merveilles en faveur de cette doctrine qu'il nous était impossible de ne pas vous en regarder comme l'auteur et le maître! » C'est parmi les théologiens une opinion tout aussi commune qu'elle est remarquable. Encore que les articles de notre foi, disent-ils, ne soient pas évidents aux yeux de la raison humaine puisqu'ils sont au-dessus de toute raison, il est évident qu'ils doivent être crus. Les œuvres que notre Seigneur a faites pour les confirmer, sont si admirables et si nombreuses, qu'elles les imposent à notre foi avec une force qui équivaut à la plus invincible démonstration. « Yos oracles, Seigneur, s'écriait le Roi-Prophète, c'est-à-dire les vérités dont vous avez rendu témoignage, sont revêtus de toutes les marques de la vérité. » Ps. xcn, 7. Est-ce à dire qu'il en soit de cette démonstration comme des démonstrations mathématiques, formées seulement de trois termes ou de trois propositions? Loin de là, la démonstration dont il s'agit se compose de tout ce que notre Seigneur a fait à l'appui de sa vérité, et cette seconde partie n'en est que la rapide exposition. 11 était utile de donner en quelques mots l'abrégé de toutes ces merveilles, afin que le lecteur chrétien pût apercevoir d'un coup d'œil le fondement et la force de notre foi sans avoir besoin de recourir à tout l'ouvrage. C'est ce que j'ai cherché à faire, avec la grâce de notre Seigneur dans la seconde partie de ce sommaire. J'y ai résumé très-brièvement vingt-deux excellences de la foi et de la religion chrétienne, desquelles découle la vérité de la conclusion que je viens de tirer. Une de ces