‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 28 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE PREMIER

passées et futures. Les hommes et principalement les philosophes, pleins d'estime pour la lumière de la raison qu'ils regardent comme un rayon de la divine lumière éclairant nos âmes, et comme une participation mystérieuse, mais véritable, aux clartés de Dieu lui-même, n'ont pas voulu s'humilier sous le joug de la foi et ont toujours refusé de croire ce qu'ils ne pouvaient comprendre.

C'est pour venir au secours de notre faiblesse, c'est pour vaincre la répugnance de notre raison en présence du surnaturel, que la providence divine nous a donné un moyen surnaturel qui n'est autre que la lumière et l'habitude de la foi; par lui la foi nous devient facile, et, comme nous l'avons vu dans les martyrs, notre esprit se sent incliné à croire fermement les vérités de l'ordre surnaturel.

La foi infuse nous est donnée dans le baptême, comme toutes les autres vertus ; seulement elle résiste à toutes les épreuves, et sa fermeté est telle que, encore que le péché mortel nous enlève la grâce et toutes les vertus qui émanent d'elle, la foi et l'espérance demeurent toujours en nous, à moins que nous ne les chassions par un acte qui leur soit expressément contraire, c'està-dire par le désespoir ou par un acte formellement opposé à la foi. De même qu'on voit souvent un édifice s'écrouler sans que les fondements aient subi le inoindre ébranlement, ainsi, quand l'édifice des vertus s'écroule par le péché, la foi et l'espérauce, qui sont comme le fondement de toutes les autres, demeurent toujours inébranlables dans nos âmes. Ce n'est pas qu'elles y soient toujours avec la même vigueur ; loin de là ; comme la grâce et la charité sont absentes, elles deviennent, pour employer le langage des théologiens, informes et imparfaites. La foi est morte aussi bien que l'espérance, et les choses mortes étant sans efficacité pour rien produire, cette foi n'a plus la même force, elle perd toute influence, et si elle est encore dans lame, c'est pour la plus grande condamnation de celui qui lui enlève toute action et condamne sa fécondité à demeurer stérile. Yoilà pourquoi le Sauveur disait « que le serviteur qui, ayant connu la volonté de son maître, ne l'aura point exécutée, sera plus sévèrement traité que

celui qui ne l'aura point exécutée parce qu'il ne l'aura pas connue. » Luc. xn, 47.

Or la foi est un don spécial du Seigneur. Ecoutez comment s'en explique le grand Apôtre, dans son épître aux Ephésiens : « C'est la grâce qui vous a sauvés par la foi, et cela ne vient pas de vous, car c'est un don de Dieu. Cela ne vient pas de vos œuvres, et nul de vous ne doit s'en glorifier. » Ephes. n, 8, 9. Dans son épître aux Philippiens, Voici ce qu'écrit encore le même Apôtre : « Il vous a été donné par les mérites de Jésus-Christ, non-seulement de croire en lui, mais encore de l'aimer. » Philip. i, 28. Est-il possible, après ces paroles si explicites, de douter encore que la foi soit un don de Dieu, et un don gratuit de son infinie miséricorde? C'est par la foi que l'homme s'élève audessus de lui-même et dépasse les conditions de la nature raisonnable, puisque c'est elle qui, sans le secours d'autres arguments, le porte à croire avec fermeté les choses surnaturelles. Les philosophes ont remarqué que toutes les vertus avaient dans notre nature un principe qui les pouvait produire ; nous sommes naturellement portés à la libéralité, à la justice, à la tempérance, à la force, etc., et Cicéron, dans un de ses Traités, exprime cette opinion, fausse sans doute, mais bonne à connaître, à savoir, « que si, par nos mauvaises habitudes ou nos conseils dépravés, nous n'étouffions pas les étincelles déposées par la nature dans nos âmes afin d'y susciter le feu sacré de la vertu, nous pourrions sans aucun autre secours arriver à la vie bienheureuse. » II De Natur. deor. Rien de pareil ne peut arriver pour la foi; cette vertu est si élevée, elle dépasse tellement la capacité de notre nature, que nos forces sont impuissantes à la produire. Celui qui, sans le secours et la lumière d'en haut, se flatterait de comprendre les choses de la foi, ressemblerait à un nain qui aurait la prétention de toucher à un toit élevé en élevant le bras. Insensé! mais tu veux l'impossible! Monte donc sur les épaules d'un géant et alors tu arriveras où tu ne pouvais atteindre par toi-même. C'est justement ce qui arrive à ceux qui, avec ou sans la lumière de la foi, veulent pénétrer la profondeur de nos mystères.

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