‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 290 sur 383 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'ineffable mystère de l'Incarnation et de la passion du Fils

de Dieu.

C'est ici la plus sublime des vérités, le plus touchant des mystères que nous enseigne la religion chrétienne. Dès lors celui qui est chargé d'en transmettre la connaissance aux autres, doit préalablement recourir à de fréquentes et ferventes prières, dans la ferme persuasion que c'est là l'œuvre de Dieu, et que Dieu ne lui refusera pas le secours de sa grâce. Et dans le fait, celui qui fut assez puissant pour faire croire au monde entier qu'un homme crucifié entre deux voleurs était Dieu, le créateur du ciel et de la terre , et pour rendre cette foi si profonde que des milliers d'hommes ont mieux aimé souffrir tous les genres de tortures que de renoncer à cette vérité, pourra bien encore produire le même effet dans une âme, puisque c'est toujours des intérêts de sa gloire qu'il s'agit. Après cela, voici comment on peut procéder dans une semblable matière :

Nous avons déjà dit que, parmi les choses enseignées par la religion chrétienne et qui sont l'objet de la foi, les unes sont accessibles aux simples lumières de la raison, et que les autres se dérobent à ses regards. Or, entre ces dernières, la principale, celle qui sert de fondement à la foi, c'est que la seconde personne de la sainte Trinité, la personne du Fils, est descendue sur la terre pour enseigner aux hommes le chemin du ciel, ou bien pour les former à une vie si sainte et si pure qu'ils fussent dignes en la quittant de contempler Dieu dans sa gloire et de participer à son bonheur.

Ce mystère est très-élevé, nous l'avons dit; et comme nous ne saurions nous élever à de grandes hauteurs que par des degrés successifs, nous ne pouvons pas non plus arriver à la connaissance de ce mystère sans établir quelques notions préalables qui nous serviront comme d'échelons pour monter jusque-là. Le premier consiste à savoir que l'immense bonté de Dieu est le principe et la cause de toutes les œuvres qu'il a faites ou qu'il ! fera jamais. C'est par sa bonté qu'il a créé le monde, qu'il le gouverne et le pourvoit de toutes les choses nécessaires, sans se laisser arrêter par les offenses qu'il reçoit chaque jour de l'ingratitude des hommes, faisant lever son soleil sur les méchants comme sur les bons, et descendre sa pluie sur les champs des justes et des pécheurs. Voilà le premier degré de l'échelle.

Voici le second : Il faut savoir de plus qu'il est de la nature même de la bonté de faire le bien, de communiquer aux autres le bien qu'on possède soi-même. Et comme Dieu est souverainement bon, il est dès lors et par là même souverainement expansif ; il communique tous ses biens, sans restriction de son côté, à ses créatures, et à chacune d'elles en particulier, autant que le permet la nature et la capacité de son être. C'est ainsi qu'il donne, comme nous l'avons plusieurs fois remarqué déjà, aux animaux privés de raison, les aptitudes et les facultés dont ils avaient besoin pour la conservation de leur vie et la propagation de leur espèce ; la nature de ces animaux n'étant pas capable de biens supérieurs à ceux-là. Cette souveraine bonté et cette expansion également souveraine font que Dieu ne se contente pas de communiquer ces biens d'un ordre inférieur; il a voulu créer des êtres plus nobles qu'il pourrait rendre participants de son propre bonheur et de sa gloire. Cette gloire et ce bonheur, il les trouve dans la contemplation de sa beauté suprême. Eh bien, dans sa magnificence et sa libéralité, non content de posséder lui-même une telle béatitude, il a créé des êtres supérieurs, portant l'empreinte de son image et de sa ressemblance, afin de les associer à sa félicité. Ce sont les anges et les hommes : les anges dans le ciel, les hommes sur la terre. Les uns, substances spirituelles et sans corps; les autres ayant un corps avec une àme immatérielle.

Page 1