‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 291 sur 383 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Or les œuvres de Dieu sont parfaites, comme il est lui-même parfait; en créant donc ces deux sortes d'êtres pour une si haute fin, il leur a donné toutes les facultés et toutes les perfections qui leur étaient nécessaires pour y parvenirijEn effet, de même que dans les palais des rois ne sont pas admis les hommes à l'extérieur repoussant, aux habits sales et déchirés, mais seulement ceux dont la mise est propre et convenable ; de même, dans le céleste palais où réside le Roi des rois , ne peuvent pas entrer les esclaves des sens et de la chair ; car ils sont repoussés à cause de leurs haillons et de leurs souillures. Les anges et les hommes ont droit à cet honneur. Dieu le leur a concédé, mais à la condition qu'ils auront été fidèles et soumis à sa volonté, qu'ils auront bien usé de sa grâce et de ses bienfaits. Dans le cas contraire, ils sont exclus de ce souverain bien; c'est ainsi que l'exige l'ordre inflexible de la justice de Dieu.

Pour un moment, laissons les hommes de côté, occupons-nous des anges. Ils se divisaient dès le commencement : les uns, reconnaissant que tous les biens qu'ils possédaient étaient un don gratuit de la bonté divine, s'humilièrent profondément devant la puissance du Créateur, s'engagèrent à le servir à jamais avec tout l'empressement et tout l'amour dont ils étaient capables, heureux d'accomplir en tout ces cinq commandements; et, comme les anges sont d'une telle nature qu'ils ne changent plus, ainsi que nous le faisons, quand une fois leur détermination est prise, ils furent aussitôt confirmés en grâce , admis à la vision béatifique de la divine beauté; ils y persévérèrent et y persévéreront éternellement.

Mais, parmi les anges, il y en eut un plus beau, plus parfait que les autres, le plus élevé de tous, d'après le sentiment de saint Grégoire, in Evang. Homil. xxxiv; et cet ange qui devait être le plus reconnaissant, le plus humble, le plus soumis au Créateur, puisqu'il était l'enfant privilégié de sa puissance, bien loin d'agir ainsi, plein de confiance en lui-même, amoureux de sa propre beauté, il osa s'élever contre Dieu et prétendit marcher son égal. En punition de son orgueil et de son ingratitude, il fut chassé de ce glorieux séjour où ne peuvent habiter que les humbles, et

comme une multitude d'autres anges suivit son exemple et ses conseils, elle partagea son sort et son exil.

Ces anges déchus, obstinés désormais dans le mal, désespérant de rentrer dans la patrie qu'ils ont perdue, sont animés d'une haine furieuse contre Dieu par suite de leur condamnation, et travaillent de toutes leurs forces, emploient tous les moyens pour obscurcir sa gloire et détourner les hommes de son service, en les poussant à se révolter contre ses lois. N'ayant pu réussir à s'emparer du pouvoir suprême clans le ciel, ils s'efforcent de l'obtenir sur la terre, entraînant les misérables mortels dans les erreurs les plus grossières, se faisant adorer d'eux dans les temples des idoles, afin de les arracher au culte du vrai Dieu, introduisant dans le monde une variété comme infinie de sectes et de fausses religions, à tel point que dans les seules îles du Japon, il n'existe pas moins de vingt-quatre sectes différentes , au rapport des voyageurs, mais qui s'accordent toutes dans l'adoration des figures diaboliques et dans l'oubli du Créateur de l'univers. Ces esprits rebelles persuadent à beaucoup d'hommes que leurs âmes sont sujettes à la mort, que tout commence au berceau pour finir à la tombe : fatale persuasion qui les précipite dans tous les vices, les vols, les impudicités, que l'on comprend sans peine chez des malheureux qui ne tiennent aucun compte de la justice divine. Ils vivent ainsi comme les bêtes, qui ne sentent et ne cherchent que le présent; comme elles, ils n'aspirent qu'aux biens corporels, bien qu'ils aient une àme raisonnable, capable de posséder Dieu, faite à son image, ayant comme lui l'entendement, la volonté, le libre arbitre.

De l'état de grâce et de dignité où Dieu créa l'homme ; de la perte déplorable de ces biens par le péché.

De l'ange passons maintenant à l'homme. Ils sont du reste unis par l'identité de leur destination. Quant à ce qui concerne le second, on peut s'aider, pour le faire connaître, de ce qui est compris dans le troisième chapitre du troisième traité de notre Sommaire, car nous avons exposé là les grâces et les privilèges dont

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