‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 293 sur 383 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

humaine, puis il s'est offert en sacrifice, grâce à sa véritable humanité, pour le salut du monde.

Quelqu'un demandera peut-être : Pour quel motif la suprême Sagesse a-t-elle choisi un moyen si laborieux et si pénible pour opérer notre salut et notre rédemption ? On répond à cela d'une manière succincte que le mode de la rédemption s'explique par les biens et les avantages inestimables qui en ont résulté pour la sanctification de nos âmes, pour nous rendre en définitive bons et heureux; et plusieurs de ces avantages nous auraient manqué si nous avions été rachetés par un autre moyen. Il est vrai qu'il en était beaucoup d'autres par lesquels Dieu pouvait accomplir cette grande oeuvre, s'il l'eût voulu; mais il est de principe général dans toutes les œuvres de Dieu, qu'il se propose, non ce qu'il pourrait absolument parlant , mais ce qui convient à la gloire de son saint nom et à la guérison de nos infirmités. Pour atteindre ce double but, il n'était pas possible de choisir un moyen plus parfait, ainsi que nous allons le dire.

Oui, nous tenons pour certain et nous confessons qu'il n'y avait pas de moyen plus efficace que celui-là pour la restauration et la sanctification de l'homme. Si nous voulons nous en convaincre, souvenons-nous queHa perfection de l'homme consiste essentiellement en deux choses , la réformation de son entendement et celle de sa volonté,/ puisque ce sont là les deux parties essentielles et principales de l'être humain, celles où se reconnaît en lui l'image de son Créateur. Une fois donc que ces deux grandes facultés sont réformées et ramenées à leur perfection, c'est l'homme lui-même qui est réformé et perfectionné. Mais, pour opérer une telle réforme, il ne pouvait pas exister sous le ciel un moyen plus efficace que le mystère de la passion. C'est encore là un sujet que nous avons traité avec beaucoup d'étendue dans le troisième -traité de notre Sommaire; inutile de répéter ici ce qu'on peut trouver si facilement dans ce livre.

On verra là d'une manière évidente combien sont nombreux et puissants les secours qui nous sont fournis dans la passion pour élever nos âmes à la justice et à la sainteté ; à quel point ce mystère illumine notre intelligence et lui fait mieux connaître le

Créateur, par combien de pressants motifs il nous excite à la pratique de toutes les vertus et de chacune d'elles en particulier. Si l'on veut, en effet, examiner de près les choses, on se convaincra que la passion du Sauveur nous aide si bien pour obtenir chaque vertu considérée en elle-même, qu'on dirait qu'elle n'a pas d'autre but et qu'elle ne se proposait nullement les autres. Si nous parlons de l'amour de Dieu, par exemple, quoi de plus capable d'allumer en nous cet amour? S'il est question de L'humilité, où trouverons-nous un sujet plus grand d'abaissement et de confusion? De la patience, de l'obéissance, de la douceur, d'une vertu quelconque, qui ne voit les pressants motifs que la passion nous fournit pour les pratiquer toutes?

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