CHAPITRE IX
gustin conclut que l'une des principales causes pour lesquelles le Sauveur est venu dans ce monde , c'est d'allumer l'amour dans les cœurs par ce magnifique témoignage d'amour, vu que c'est là le foyer où s'allume ce feu divin. Ce même docteur en donne pour exemple les amours profanes et terrestres : ceux qui veulent obtenir l'affection d'une personne, n'ont rien de plus à cœur que de lui prouver leur propre affection par leurs actes et par leurs paroles. Nous sommes ainsi ramenés au principe que nous avons d'abord posé ; à savoir, que le moyen choisi par la sagesse et la bonté divines pour opérer notre salut, était le mieux approprié à cette fin, puisque nous y trouvons les plus puissants motifs, nonseulement d'aimer le Créateur, ce qui est la chose capitale, mais encore de pratiquer toutes les vertus, ainsi que nous l'avons expliqué déjà.
Du reste, il ne faut pas une grande philosophie ni de longs raisonnements pour se convaincre de cette vérité; il suffit de jeter les yeux sur le changement qui s'opéra dans le monde après la venue du Sauveur. C'est à partir de ce moment que l'on vit surgir cette multitude étonnante de saints et de saintes, ces innombrables essaims de religieux et de solitaires, les chœurs glorieux des vierges rivalisant de pureté, les triomphantes légions des martyrs, surtout dans les premiers siècles du christianisme. C'est alors aussi qu'on vit les grandeurs abaissées, la fureur se changer en mansuétude, l'humilité se substituer à l'orgueil, la modestie succéder à la corruption : les loups paissaient à côté des agneaux , et les lions partageaient la couche des animaux domestiques, sans qu'il en résultât aucun mal pour ces derniers. Ces images qu'on retrouve assez souvent dans les prophètes et surtout dans Isaïe, nous représentent à la fois, et ce qu'était le monde quand le Sauveur y parut, et ce que le monde fut ensuite. De même donc que nous connaissons l'excellence d'un remède par les effets qu'il produit chez les malades ; nous connaissons la puissance et l'efficacité de la venue du Sauveur par le merveilleux changement qu'elle accomplit chez les hommes.