‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 296 sur 383 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Par sa sainte humanité le Sauveur a fait disparaître tous ces obstacles.

Voyant ce déplorable état, et sachant d'ailleurs que toute notre misère consistait à ne pas avoir l'amour divin, que notre bien suprême serait de le posséder, le Fils de Dieu résolut, dans les entrailles de sa miséricorde et de sa bonté, de renverser par la base et d'anéantir d'un coup les antiques barrières qui s'élevaient ^enjreson cœur et le nôtre. Mais par quel moyen ? Oh ! qu'il est admirable dans ses œuvres ! C'est par le seul mystère de son incarnation qu'il vint parfaitement à bout de tous ces obstacles. Par là, l'Invisible est devenu visible; l'Esprit infiniment pur s'est revêtu d'une chair palpable ; ;■ Dieu s'est fait homme ; notre souverain Seigneur est devenu notre frère; celui qui était immortel et impassible a été passible et mortel ; exempt de toutes nos misères, il les a toutes acceptées par amour pour nous. C'est ce qui nous a été merveilleusement représenté par le prophète Elie et son disciple Elisée : pour rendre la vie à un enfant, ils s'étendirent sur le cadavre, plaçant leurs yeux sur ses yeux, leurs pieds et leurs mains sur ses pieds et ses mains , se réduisant de la sorte aux proportions de ce petit corps; et c'est en prenant dans une telle mesure la forme d'un enfant mort, qu'ils le rappelèrent à la vie. Notre grand Dieu a fait la même chose, en se rendant semblable à l'homme, comme nous l'avons expliqué en se conformant à sa petitesse;'; et c'est ainsi qu'il lui a rendu la vie de la grâce, perdue par le péché et l'absence de l'amour divin. Il a chassé les ténèbres dont l'entendement humain était enveloppé, dissipé l'ignorance dans laquelle nous étions plongés depuis notre chute. Par le seul fait de son incarnation, il nous a. manifesté les soins et les sollicitudes de sa providence, la miséricorde qui le pousse à guérir nos infirmités, l'amour qu'il a pour la vertu, son horreur pour le péché, puisqu'il est mort afin de le détruire.

Tout cela, l'Eglise l'exprime en peu de mots, quand elle chante, dans la fête de la Nativité du Sauveur, que par le mys-

tère du Verbe incarné une clarté nouvelle a brillé aux yeux de notre âme. afin que connaissant mieux un Dieu devenu visible nous nous élevions à la connaissance et à l'amour des choses invisibles. A la vue de ce Dieu revêtu d'une chair mortelle, des cœurs de chair, comme parle saint Bonaventure, auront moins de peine à le connaître, le servir et l'aimer. Dieu, disait saint Bernard, voyant les hommes devenus charnels, leur a offert une si douce amorce dans la chair qu'il a prise pour eux, qu'il faut qu'un cœur soit bien dur pour ne pas l'aimer de toutes ses forces : celui qui ne l'aimait pas ne le considérant qu'en esprit, devra l'aimer maintenant qu'il le voit dans la chair.

Non content d'ôter tous les obstacles à notre amour, le Sauveur lui donne tout le stimulant possible.

Tous les obstacles étant donc renversés, comme nous venons de le dire, le Sauveur excite en nous l'amour divin par les plus puissants motifs qui se puissent concevoir. Après avoir pris les traits de l'humanité, une complète ressemblance avec nous en se faisant homme , en se revêtant de notre chair, il est allé plus loin : il a voulu souffrir la mort, afin de nous en délivrer. C'est la plus forte preuve d'amour qui soit possible, ainsi que luimême l'a dit : « Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu'en sacrifiant sa vie pour ceux qu'on aime. » Joan. xy, 13.

Mais , pour mesurer la grandeur de cet amour, il faudrait se remettre devant les yeux tout ce qu'a souffert pour nous cet ami par excellence. Si nous voulons, en effet, nous bien rendre compte des choses, que sont toutes les plaies de son corps et toutes les douleurs de son âme, si ce n'est autant de voix qui proclament l'étendue de son amour? Considérons-le des pieds à la tète, et nous verrons dans chacune de ses blessures une source d'amour. Nous comprendrons alors combien le Sauveur avait raison quand il disait qu'il était venu porter un feu sur la terre et qu'il ne désirait que de le voir s'enflammer. De là saint Au-

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