‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 302 sur 383 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des principales parties de la Doctrine chrétienne et de la manière de les enseigner.

Tout le monde sait que la doctrine chrétienne renferme quatre parties principales, qui sont : les articles de sa foi, les commandements, la prière et les sacrements. Ce qu'on sait moins en général et cependant ce qu'il serait très-bon de connaître, puisque sans cela on ne peut rien savoir, c'est la raison et la nécessité de ces parties.

Trois choses sont requises pour constituer un vrai chrétien : la volonté, la connaissance, la force. Ces qualités sont toutes indispensables, et l'une ne suffit pas sans l'autre.

Et d'abord il est nécessaire que l'homme veuille servir Dieu de tout son cœur et garder les commandements ; il doit être tellement persuadé de cette nécessité, qu'encore qu'il n'ignore pas combien sont variés les chemins et les voies par lesquels cheminent les hommes sur la terre, pour lui, rien ne puisse l'empêcher de marcher sans défaillance aucune dans les voies du service de Dieu et de son obéissance.

Mais, à cette détermination, il faut joindre encore la connaissance des lois de Dieu et des choses qui lui soient plus agréables. La volonté de pratiquer une loi qu'on ne connaît pas, à quoi peutelle servir? De même qu'il serait inutile de vouloir s'attacher au service d'un roi, si on ignorait comment et en quoi on doit le servir, de même on aura peu de profit à désirer servir Dieu si on ne sait comment on peut lui plaire.

Une troisième condition indispensable pour servir Dieu, c'est d'en avoir la force; j'aurais beau vouloir me consacrer à Dieu,

savoir même ce que je dois faire pour lui être agréable, si mes forces trahissent ma bonne volonté, parce que les choses qui me sont prescrites sont au-dessus des facultés de ma nature, tout devient inutile, et le savoir et le vouloir demeureront toujours inefficaces.

Or, ces conditions, la doctrine chrétienne suffit abondamment à les réaliser en nous par ses quatre parties principales, c'est-àdire par les articles de la foi, par les commandements, par la prière et par les sacrements. Les points de son dogme ont une efficacité toute particulière sur nos cœurs ; les récompenses et les couronnes, les bienfaits et les dons qu'elle leur fait espérer, les châtiments et les disgrâces dont elle les menace s'ils ne répondent pas à leurs obligations agissent sur eux avec tant de force que, pour peu qu'ils s'arrêtent à ces considérations, ils sont ravis hors d'eux-mêmes, et se sentent entraînés à mériter tous ces biens et à éviter tous ces maux. Le Symbole, en effet, retrace à nos yeux les principales vérités de la foi : la grandeur de Dieu, sa toutepuissance, les bienfaits de la création, le dogme de la providence, la rédemption, l'incarnation, là naissance du Christ, sa passion, sa résurrection, son dernier avènement à la fin du monde pour juger tous les hommes et rendre à chacun selon ses œuvres, eu un mot tous les motifs que la religion chrétienne a en son pouvoir pour détourner les hommes du mal et leur inspirer l'amour du bien.

Quant à ce qui regarde la connaissance, la doctrine chrétienne nous la donne en nous indiquant dans ses commandements les sources de toute vertu et de toute justice, ainsi que ce que nous devons faire pour plaire à notre Seigneur et mériter son amitié. Que dis-je? Toutes les manières de violer ces commandements et toutes les différentes espèces de péchés y sont énumérées, depuis les péchés les plus légers jusqu'à ceux qu'on appelle capitaux.

Mais comment cette doctrine fortifiera-t-elle la volonté ? Depuis le péché originel, la nature est si faible en nous et si exposée au mal, que toute son énergie est impuissante à lui faire observer la loi; la loi est spirituelle et l'homme est charnel; la loi est conforme à la justice et l'homme est dépravé ; que fera la doctrine chrétienne? Ah ! elle armera l'homme du double secours de la

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