‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 303 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE II

prière et des sacrements : de la prière d'abord, dont le but le plus immédiat est d'obtenir du ciel la force d'accomplir la loi; des sacrements ensuite, qui ont pour effet de donner cette force en conférant la grâce. C'est ainsi que par ces deux moyens l'homme voit son énergie s'accroître et arrive à réaliser la troisième et la plus importante des conditions requises pour devenir chrétien. Voilà un prodige que la philosophie n'osa jamais enseigner ni proposer ; voilà une merveille que Dieu lui-même ne réalisa jamais dans les temps antiques jusqu'à ce que son propre Fils, descendu en ce monde, nous le méritât par son sang. « La loi fut donnée par Moïse, dit saint Jean, mais la force d'observer la loi nous fut acquise par Jésus- Christ. »

Par là l'homme peut entendre clairement l'excellence de cette doctrine, ses parties principales, leur suffisance et leur nécessité, l'utilité réciproque dont elles sont l'une à l'autre. Nous avons nommé d'abord la connaissance, parce que savoir ou connaître, comme le dit Aristote, nous est d'une faible utilité pour pratiquer le bien. Voilà pourquoi, avant l'Evangile, la loi produisait si peu de fruits. L'Apôtre nous en donne la raison quand il dit « que la loi donnait seulement la connaissance de ce qu'il fallait faire, sans fournir les moyens de la pratiquer. » Rom. vu, 18. La volonté vient après la connaissance, et la foi l'excite en nous par la grandeur des intérêts, des récompenses et des menaces qu'elle nous propose. La force enfin donne de l'efficacité au savoir et au vouloir, et c'est la grâce qui nous l'obtient. Cette grâce, nous la demandons dans la prière, et nous l'obtenons dans les sacrements ; elle est la fin et la consommation de tout.

Par là on peut comprendre encore ce que l'Evangile a ajouté à la loi ; la loi ne conférait pas la grâce que l'Evangile nous donne, et par conséquent la force et l'énergie sans lesquelles le savoir et le vouloir ne servent de rien ; la loi a donc été insuffisante et imparfaite jusqu'à ce que l'Evangile ait suppléé à son imperfection.

On comprendra enfin, par ces mêmes considérations, comment il faut profiter de cette céleste doctrine pour en tirer tout le parti possible. Les mystères de la foi doivent incliner nos cœurs à

aimer Dieu et à le craindre, à reconnaître ses bienfaits et à obéir à ses lois. Les commandements doivent nous apprendre ce que Dieu désire de nous, et ce en quoi nous pourrons plaire ou déplaire à Dieu. Dans l'usage de la prière et des sacrements enfin, nous devons trouver la force et la grâce de mettre en œuvre ce que la loi prescrit et ordonne. En agissant ainsi, nous aurons tout ce qui est requis pour la perfection et l'accomplissement entier de la profession chrétienne.

Telle est la doctrine que l'Eglise catholique a toujours enseignée dès son origine avec le soin le plus scrupuleux. Tels étaient ses premiers enseignements; telles les matières qu'elle tiaitait dans les réunions publiques et privées. C'est là le résumé de tout ce que l'Ecriture renferme dans ses prophéties et ses ligures, dans ses cérémonies et ses sacrifices, tout autant de choses qui ont été révélées plus tard clans l'Evangile, par la bouche du Fils de Dieu, et confirmées par ses miracles. Tous les hommes sont tenus d'acquérir cette science sublime; les savants les plus consommés trouveront en elle le principe de leur salut, les simples et les ignorants se perdront s'ils ne travaillent à la posséder et à la connaître.

Pour moi, quand je me prends à réfléchir sur les grands désastres qui ont fondu sur la chrétienté, quand je songe aux guerres et à l'aveuglement que le démon a introduits dans son sein, aux erreurs si variées et aux fausses doctrines qui y ont été répandues, je reconnais facilement que ce n'est pas sans un bienfait signalé de la miséricorde divine que la vérité a conservé (Luis notre Espagne toute sa pureté, et qu'au milieu de la confusion universelle, la doctrine chrétienne y a conservé tout son éclat. Malgré toutes nos perfidies, nous nous sommes toujours réfugiés à l'ombre salutaire de cet étendard, et Dieu nous a délivrés de tous les périls du monde, ainsi que de la diversité des sentiments privés et des opinions individuelles. Reconnaissons donc que c'est notre fidélité à cette doctrine sainte qui nous a mérité cette faveur du ciel, et comprenons dès lors l'obligation où nous sommes de la mettre en œuvre et de la défendre.

Le christianisme que nous professons nous donne sur les an-

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