LIVRE PREMIER, CHAPITRE II
zélé peut arriver facilement à de grands résultats. Quand les plantes sont jeunes, on leur donne telle direction qu'on veut ; il s'agit seulement de vouloir les bien diriger.
Les parents doivent encore faire tous leurs efforts pour arracher, dès l'âge le plus tendre, leurs enfants aux mauvaises compagnies et leur en procurer de bonnes. Le choix doit être fait avec discernement, et sans prêter l'oreille aux conseils de la vanité. Le monde raisonne, lui, bien autrement : les seules compagnies qu'il préconise sont celles de ceux qui sont nos égaux ou nos supérieurs , et on le voit toujours prêt à sacrifier un ami vertueux, mais pauvre, à un autre imbu de vices, mais extérieurement honoré.
Les parents sont enfin tenus de veiller attentivement aux lectures de leurs enfants, et bien prendre garde qu'il ne tombe jamais entre leurs mains aucun livre rempli de mensonges et de fables, pas plus qu'aucun ouvrage déshonnête ou lascif. Il y a là, pour tous les âges, des dangers redoutables et sérieux ; mais pour qui le sont-ils davantage que pour ceux qui sont encore dans la fleur de la jeunesse ; la mémoire fraîche et vive retient plus facilement ce qu'elle entend, et les impressions arrivent plus rapides et plus profondes dans le cœur ; ainsi une cire molle et tendre retient-elle mieux les images qu'on grave sur elle. Les âges qui ont déjà fait l'expérience de la vertu peuvent aborder ces lectures avec moins de danger, encore qu'il y ait des âmes auxquelles ce droit ne doit jamais être donné à cause de leur faiblesse. Quant à ceux qui commencent seulement à ouvrir les yeux à la vie du monde, on ne saurait leur porter un plus grand dommage que de leur permettre la lecture de quelques livres en crédit de nos jours. Une chose m'étonne profondément, et la voici : tandis que l'Etat veille avec un soin minutieux pour épargner à ses sujets de légers dommages, il témoigne la plus grande indifférence pour les livres que les chrétiens doivent lire ; il laisse la porte ouverte à tous ceux qui ne contiennent rien de contraire à la foi, mais il ne défend pas les livres inutiles, oublieux qu'il est des ravages que ces livres exercent. Qu'on me permette ici d'exprimer clairement toutes mes pensées : il est tombé souvent
sous mes yeux des livres très-dangereux, et consentir a leur publication, c'est consentir à un péché public.
Mais laissons cette matière, qui demanderait plus de détails qu'on ne saurait dire, et ne l'approfondissons pas davantage. Je ne dois pas l'abandonner cependant sans adresser aux pères defamille un dernier conseil. S'ils veulent faire de leurs enfants de bons chrétiens, qu'ils leur enseignent de bonne heure à louer Dieu et son Christ Jésus, le rédempteur et le sauveur des hommes; qu'ils entretiennent leur entendement et leur mémoire des grandes vérités de la foi ; que les enfants n'entendent et ne lisent jamais que les louanges de la vertu et des œuvres chrétiennes, des exhortations et des encouragements au bien, la haine et les dangers des péchés et du vice, afin qu'avant de connaître le mal, ils soient déjà prêts à le détester et à le maudire. 11 faut que tout ce que l'enfant lit ou entend, tende à former en lui un cœur généreux, une. âme forte, disposée à mépriser ce que le monde estime, et à aimer seulement la vertu, la grâce et l'amitié de Dieu. Ah ! si les chrétiens songeaient quelquefois à ce jour redoutable où justice sera faite de tout, où les Gentils, paraissant à côté des chrétiens, condamneront, par le soin et la diligence qu'ils 'auront mis tous à inspirer à leurs enfants l'amour de la vertu et des exercices politiques, la négligence que beaucoup parmi nous portent à l'éducation de leur famille, il me semble qu'ils se corrigeraient bientôt et ' outeraient le compte qu'il leur faudra rendre de leur conduite et l'expiation qu'il leur en faudra l'aire.
J'entends d'ici toutes les excuses qui seront mises en avant. La plupart allégueront l'impossibilité où ils se trouvèrent d'accomplir leurs devoirs sur ce point, à cause qu'il leur fallait gagner leur vie à la sueur de leur front, et transmettre à leurs enfants l'héritage de leurs labeurs; la nécessité, plus forte que leurs désirs, ne leur laissait pas, diront-ils, un moment pour s'occuper de l'étude de ces doctrines. «Eh quoi! dirai-je à ces insensés, qu'est-ce qui peut vous dispenser d'être chrétiens? Y a-t-il rien qui vous autorise à ne pas savoir ce qu'il vous est indispensable de connaître pour vous sauver? Est-ce que, en dehors de vos travaux, vous ne trouvez pas des loisirs considérables, et du temps