‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 304 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE II

tiens un immense avantage; nous en avons aussi beaucoup d'autres qu'il n'est pas possible d enumérer ; mais plût à Dieu que nous missions à l'enseignement de la doctrine cbrétienne le zèle dont ils étaient animés, et que nous sussions bien apprécier la manière dont elle s'exerce. Nos ancêtres les plus doctes et les plus saints gouvernaient autrefois leurs églises avec l'ardeur d'une foi et d'une cbarité indéfectibles; nous avons d'eux de beaux discours, mais ils ne laissaient pas pour cela de catéchiser leurs fidèles, c'est-à-dire d'enseigner aux ignorants et à ceux qui étaient encore novices dans la foi, les principales parties de la doctrine évangélique que je viens de faire connaître. Les résultats de leur enseignement furent immenses, et, sous la fécondité de leurs paroles , germèrent un grand nombre de chrétiens, de grands et de courageux martyrs. L'office de catéchiste n'était confié qu'à des hommes éprouvés et déjà célèbres par leur vertu et par leur science. Pour avoir une idée vraie des fruits que produisirent ces enseignements, qu'on jette les yeux sur cette belle Eglise d'Alexandrie, si célèbre par la multitude de ses docteurs et de ses martyrs. Je n'ai garde d'établir une comparaison entre ces temps de vertu et les nôtres, où tant de prédicateurs rougiraient de s'abaisser, dans leurs discours, jusqu'à expliquer le Symbole ou à enseigner les commandements.

Essayons maintenant de signaler le remède de ce mal, s'il est vrai qu'on puisse appeler remède une médecine aussi douce que celle que le inonde réclame pour de si grandes et de si vieilles plaies ; ces plaies, le monde les a toujous portées sur lui, et il regarde comme une chose difficile et scandaleuse de revenir à l'antique vertu. Il s'adonne facilement aux vices anciens, et trouve, dans leur antiquité, une excuse à sa faiblesse; mais le bien d'autrefois, il le liait et le déteste ; lui, que toutes les nouveautés attirent et séduisent, ne trouve l'énergie de la constance que pour les vices et les péchés qu'il aime et préconise ; il lui en coûte peu d'alléguer dans ce cas la coutume, et de blasphémer les choses nouvelles.

Laissons de côté, comme chose superflue, le véritable remède de ce désordre, et ne parions que de quelques remèdes plus fa-

ciles. Voici quel est le premier : puisque la doctrine chrétienne est faite principalement pour des intelligences nouvelles, et que ceux-là seuls y avaient recours qui n'étaient encore que novices dans la religion, il serait bon, et même j'estimerais nécessaire pour nos péchés, que les personnes d'un certain âge l'apprissent et la connussent assez pour en instruire leurs familles et les encourager à la pratiquer par l'attrait de l'exemple ou la crainte des châtiments, leur demandant un compte exact de la manière dont elle est mise en œuvre. Mais il faut prendre garde d'apprendre seulement de mémoire les principes de cette doctrine; elle doit être accompagnée d'une explication claire et rapide qui donne à celui qui l'enseigne une connaissance véritable du mystère, du précepte ou du sacrement, en explique l'usage et en découvre les fruits. Le père de famille doit apporter à l'accomplissement de ce devoir une attention toute spéciale, et se souvenir qu'il lui sera demandé un compte rigoureux de ceux que la Providence a daigné confier à ses soins. Oh ! si l'on employait à cette occupation sainte un peu du temps qu'on consacre aux occupations matérielles et profanes ! Mais, hélas ! les parents qui se préoccupent peu de donner le bon exemple à leurs enfants, songent moins encore à les affermir dans la connaissance et l'observation de cette doctrine ! Qu'ils s'efforcent donc d'édifier toujours leurs familles, et j'affirme que ce premier devoir entraînera l'accomplissement du second; ces deux choses sont en effet inséparables, et l'une ne va jamais sans l'autre.

Que si les parents ne sont pas à même d'instruire leurs enfants, ils doivent au moins, dans la mesure de leurs moyens, leur procurer de bons maîtres et de sages instituteurs dont les enseignements et les exemples allument en eux un grand amour du bien, qui leur apprennent à marcher dans le chemin de la vertu, qui leur découvrent surtout la grandeur du bienfait de la rédemption et l'amour infini que le Père éternel et Jésus-Christ, son Fils adorable, notre bien-aimé Rédempteur, nous portaient même avant notre naissance, qui leur enseignent enfin combien ce même Sauveur nous aimera si nous conservons toujours notre âme dans la pureté qu'il nous a acquise par son sang. Un maître

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