LIVRE PREMIER, CHAPITRE VI
De la pratique du troisième article du Symbole.
Ce mystère nous enseigne la pureté que nous tous, qui sommes membres du Christ, nous devons chercher à imiter, et le moyen le plus sûr d'arriver à ce but. De même que tout fut merveilleux dans la conception du Sauveur, et qu'encore qu'il fût véritablement homme, rien n'y ressemble à la conception ordinaire des hommes, parce que tout ayant été accompli par l'opération du Saint-Esprit, s'y trouva pur et saint, de môme le vrai chrétien, doit renaître de ce même Esprit, et puiser dans cette naissance nouvelle un nouveau degré de grâce, qui le fasse vivre, non plus selon les lois du monde ou conformément aux appétits de la chair, mais seulement d'après les inspirations de ce divin Esprit, par lequel doivent être guidés, conduits et gouvernés tous ceux qui sont devenus enfants de Dieu par l'adoption de la grâce. De cette manière, si Dieu, par une suite naturelle de cette adoption, a pour eux un cœur de Père, ceux-ci à leur tour doivent avoir pour Dieu un cœur de fils, et dès lors mener une vie conforme à l'Esprit duquel ils ont reçu un nouvel être, une nouvelle lumière, un cœur nouveau et de nouveaux désirs, afin que devenus des hommes nouveaux, ils foulent aux pieds le vieil homme arrivant à l'état de ces créatures qui appartiennent à notre Adam céleste et sont sorties de lui. Ainsi mettrons-nous en pratique les enseignements de ce mystère, et arriverons-nous à imiter autant que possible la pureté de Jésus-Christ, favorisés que nous serons de ce même Esprit qui fut l'auteur de sa conception immaculée. Le Christ fut tout saint et tout pur par la vertu du Saint-Esprit; le chrétien doit aussi être saint, puisqu'il a été engendré de nouveau et sanctifié par ce même Esprit. Cet Esprit jette la divine semence, et celui qui naît de cette semence est dès ce moment le Fils de Dieu.
Dans cet article, à l'occasion de la conception et de l'humauité réelle du Sauveur Jésus-Christ, il est parlé de sa très-sainte Mère. Pourquoi? et dans quel but? Sans doute afin d'attester la vérité
o30 TRAITÉ DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE,
de l'humanité du Christ, et de montrer qu'il ne fut pas un homme fantastique, mais bien un homme véritable de la Mère duquel le vrai nom est connu. On peut comprendre aussi par là ce que nous avons omis de dire du mystère de la pureté du Sauveur et de celle qu'il vient opérer dans nos âmes, car de même qu'il a été conçu par le Saint-Esprit d'une manière merveilleuse et divine, de même sa Mère fut une vierge très-pure et ne cessa jamais de demeurer vierge pas plus pendant et après l'enfantement qu'auparavant. Et si, en confessant la maternité de cette vierge féconde et en la proclamant une fdle des hommes, nous confessons la vérité de l'humanité de son Fils, en confessant qu'il a été conçu du Saint-Esprit d'une Mère très-pure et toujours vierge, nous reconnaissons la pureté et l'innocence de son humanité sacrée, puisqu'il a une Mère si différente de toutes les mères, et que sa conception et sa naissance furent signalées par des circonstances toutes particulières qui les distinguèrent de toutes celles des enfants d'Adam. Il faut reconnaître dans tout ce qui précède la pureté que l'Auteur de toute pureté vient opérer en nous. Il faut encore s'élever à la considération de la pureté et de l'innocence de la Yierge très-pure, qui dut à sa vertu d'être choisie pour devenir la Mère de l'Auteur de toute pureté. Après son divin Fils, cette femme nous est donnée comme le modèle et l'exemple de toute pureté, afin que nous comprenions tous combien l'innocence du corps et de l'âme est agréable à Dieu, et que nous sachions remercier le Tout-Puissant des merveilles qu'il a opérées en sa très-pure Mère. Nous ne dirons plus rien sur ce troisième article.
De ceux qui pèchent contre la foi et la confession de ce troisième article.
De ce qui vient d'être dit, on peut conclure quand est-ce que nous ne mettons pas en pratique les sentiments que doit nous inspirer la confession de ces vérités. Quand on n'a aucun souci de cette pureté, quand on n'estime pas l'honneur de cette noble génération dont nous avons parlé, et qu'au contraire on garde son attachement et sa faveur pour des choses viles et basses,