‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 327 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE Vil

vera ? » Rom. v, 8, 9. Dans son épître aux Corinthiens, le même apôtre dit encore : « Dieu a voulu traiter celui qui ne connaissait pas le péché, comme s'il eût été le péché même, afin que par sa justice nous fussions tous justifiés. » Rom. v, 21. « Jésus-Christ, dit-il encore dans une autre épître, nous délivre de la malédiction de la loi, en endurant sur un bois infâme le supplice des maudits. » Galat. m, 13. En écrivant à un évêque, son disciple : « Jésus-Christ, lui disait-il, a détruit la mort, et nous a découvert, en se soumettant à son empire, l'immortalité. » II Tim. i, -10. Enfin dans l'Epître qu'il adressait à ceux de sa race, il disait, en parlant de Jésus-Christ : « Comme les hommes sont revêtus de chair et de sang, il en a été aussi lui-même revêtu, afin que, pouvant mourir, il détruisît par la mort celui qui avait l'empire du démon, c'est-à-dire, le démon, et délivrât ceux que la crainte de la mort exposait toute leur vie à la servitude. » Hebr. h, 14, 15. Plus loin : « Le Christ, disait-il, est entré une fois dans le sanctuaire de Dieu par son sang. Si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau mêlée à la cendre d'une génisse purifiaient autrefois les corps , combien la vérité purifiera-t-elle les âmes plus que les figures ? Combien plus le sang de Jésus-Christ qui, par l'Esprit-Saint, s'est offert lui-même à Dieu comme une victime, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour nous faire servir le Dieu vivant? » Hebr. ix, 13, 14. C'est conformément à ces paroles que l'apôtre saint Pierre dit : « Il a porté en son corps nos péchés sur la croix, afin qu'étant morts au péché nous vivions à la justice ; c'est par ses meurtrissures et par ses plaies que nous avons été guéris. » Il disait, dans un autre passage : « Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés, le juste pour les injustes, afin de nous offrir à Dieu, mortifiés dans la chair, mais vivifiés dans l'Esprit. » I Petr. m, 18.

Des fruits que doit produire cet article.

Tous ces bienfaits sont autant de richesses que le Christ gagne pour nous ; nous n'avons plus qu'à nous les appliquer ; si nous ne

le faisons pas, il demeure avec ses richesses et nous languissons dans notre pauvreté et notre perdition. Mais, pour un de ces bienfaits, il faut se confier en Jésus-Christ, lui demander la grâce de triompher des ennemis de notre âme, et en particulier de notre sensualité, recourir aux forces de la foi, et à l'esprit du Sauveur Jésus, travailler à châtier nos corps « dans les jeûnes et les disciplines, dans l'exercice de la pénitence et de la mortification, » II Cor. 29, à l'exemple du grand Apôtre. Qu'est-ce à dire? Ah! c'est qu'il faut imiter le mystère du martyre qui déchira l'humanité sacrée de Jésus-Christ ; sacrifier nous-mêmes la nôtre jusqu'à l'ensevelir dans un tombeau ou plutôt jusqu'à ce qu'elle meure ou du moins qu'elle ne soit pas plus dangereuse pour nous que si elle n'existait pas.

De ceux qui pèchent contre la foi et la confession de cet article.

Par ce qui précède on peut comprendre que ceux-là pèchent contre cet article qui ne mettent pas dans le sang de Jésus-Christ toute leur foi et toute leur espérance. Ce n'est pas que les bonnes œuvres ne doivent nécessairement être unies à cette foi et à cette espérance; seulement nous ne devons pas mettre dans nos œuvres, mais bien dans celles de Jésus-Christ qui donne aux nôtres toute leur valeur, notre principale espérance. On pèche encore contre cet article lorsque dans des motifs de crainte ou dans des vues d'intérêt, on met de la négligence à faire ce qu'on regarde comme la volonté de Dieu, ou encore, lorsque, malgré la conviction où l'on est du préjudice que la chair fait à l'esprit, on la ménage, on lui pardonne, on la laisse régner en maîtresse, parce qu'il en coule beaucoup de la châtier et de lui imposer des freins.

Il y en a d'autres qui pèchent contre ce même point de foi, et ce sont ceux qui, sachant par expérience combien les exercices de la pénitence leur sont utiles pour assujettir la chair, n'ont presque jamais recours à ces œuvres salutaires. Ces chrétiens donnent bien à entendre le peu de cas qu'ils font d'offenser Dieu; car, après s'être adonnés à la mortification, soit pour expier leurs

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