LIVRE PREMIER, CHAPITRE VII
vertu, cachaient une vie hypocrite et coupable, et c'en était assez pour les exciter à le poursuivre. Ils voyaient, avec une haine secrète et une jalousie cruelle, Jésus-Christ reçu et acclamé parle peuple, tandis que sa doctrine et sa vie condamnait et vouait au mépris leur conduite hypocrite, et cette condamnation et ces reproches les excitaient contre 'lui ; ils sentaient l'estime du monde leur échapper, et ils firent tous leurs efforts afin que le monde ne fût pas désabusé. Ils voyaient bien que Jésus enseignait les saintes Ecritures dans toute leur pureté ; leur conscience leur disait bien que, pour des maîtres de la doctrine, obligés en cette qualité de mettre la vérité en pratique et de donner l'exemple, leur vie était bien coupable, et qu'ils étaient les plus injustes et les plus grands des pécheurs ; ils comprenaient, aux clartés lumineuses de la doctrine du Christ, que leurs enseignements étaient faux, superstitieux, intéressés, mais ils préféraient la gloire et les honneurs du monde, à la gloire de Dieu, et leurs intérêts temporels qu'ils agrandissaient, aux intérêts de l'éternité et du ciel que Jésus prêchait. Et alors, poursuivant le Christ comme leur plus mortel ennemi, ils le mirent à mort avec un raffinement de cruauté qui n'eut d'autres limites que celles de leurs rancunes et de leur haine.
Ah ! qu'on apprenne par là à connaître le monde ! N'est-il pas vrai qu'il est injuste dans sa justice, aveugle dans ses jugements, ami de ses vengeances, esclave de ses appétits ! Il ne connaît pas de mesure, il ignore la miséricorde ! Mais le secret de cette conduite, c'est qu'il n'a pas reçu la parole de Dieu, sans laquelle la porte est ouverte à tous les crimes. Le Christ a voulu entourer sa mort de circonstances extraordinaires, pour nous apprendre, par le nombre et la grandeur de sa douleur, l'intensité et la grandeur de la volonté et de l'amour avec lesquelles ce Seigneur mourait pour la gloire de Dieu et l'utilité des hommes. C'était d'ailleurs cette mort qui convenait au Sauveur, afin que les amis de la vertu vissent bien ce qu'ils pouvaient espérer du monde, qui traite ainsi le plus grand et le plus généreux de ses bienfaiteurs.
En mourant, Jésus-Christ fut étendu et cloué sur une croix, mais
sur cette croix mourut aussi et fut sacrifié le péché qui exerçait eu notre chair le ravage de sa tyrannie, et un nouvel esprit se répandit en elle par la vertu de la régénération dont nous avons parlé ! Il fut enseveli, premièrement afin qu'il fût bien constaté qu'il était mort, et que la vérité de sa résurrection fût plus solidement établie; secondement, pour nous faire considérer combien il travailla jusqu'à la fin à détruire la puissance du péché dont la malice régnait dans notre chair, crucifiant pour cela la sienne propre, malgré son innocence, et ne dédaignant pas de la condamner à une sépulture humiliante,, qui nous montrât par ce mystère d'abaissement, combien il nous laissait une chair soumise et obéissante ; troisièmement, afin de payer par sa mort la dette de tout le genre humain, condamné à mourir par une sentence prononcée contre lui après la première désobéissance. Il n'y avait pas de peine que nos péchés ne méritassent, et le Sauveur daigna les accepter pour lui afin de satisfaire pour tous, et c'est pour cela qu'il voulut souffrir toutes sortes de tourments, les persécutions, la prison, les railleries, les injures, les soufflets, les fouets, les blessures et la mort ignominieuse de la croix; et comme nous méritions non-seulement la mort temporelle, mais encore la mort éternelle, il a voulu mourir et descendre au tombeau. Cependant, Jésus était Dieu, et, pour l'honneur de la divinité, qui ne fut jamais séparée d'elle, sa chair très-pure ne connut pas les horreurs de la corruption, selon ces paroles de nos saints Livres : « Vous n'abandonnerez pas votre saint à la corruption. » Ps. xv, 11. Le corps sacré du Sauveur fut mis dans un tombeau et enseveli, afin de purifier les nôtres, et de nous montrer que de même que sa mort avait été le gage de la délivrance de nos âmes, sa sépulture était le gage de la résurrection de nos corps. Ces vérités sont toutes attestées dans les divines Ecritures. « Jésus-Christ, dit l'Apôtre, a été livré à la mort pour nos péchés. » Rom. iv, 25. Il dit ailleurs : « Dieu a fait éclater son amour envers nous, puisque lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous; maintenant, que nous sommes justifiés par son sang, à combien plus forte raison, ne devons-nous pas espérer, que celui qui nous justifie, nous sau-