CHAPITRE VIII
Du cinquième article de la foi et des fruits qu'il doit produire.
Le cinquième article du Symbole nous ordonne de croire que « l'âme de Jésus-Christ est descendue aux enfers. » Cet article renferme un grand mystère digne d'une grande admiration. Quelle chose admirable en effet que l'amour du Fils de Dieu notre Seigneur pour les hommes ! Non content de s'être fait homme, d'avoir souffert pendant tant d'années les avanies des hommes, ni d'avoir donné sa vie pour eux dans de cruels tourments, il a daigné consentir encore à descendre en leur faveur dans les lieux inférieurs appelés enfers par l'Ecriture. Dieu a créé dans l'ordre matériel bien des remèdes pour guérir les corps, mais, à mon avis, il n'a rien fait dont l'efficacité puisse être comparée à celle que la considération de ce mystère possède contre un mal spirituel qui tourmente un grand nombre d'âmes, même parmi celles que nous regardons comme les plus parfaites.
Mais, comprenons d'abord le sens de cet article. Il nous enseigne que, tandis que le corps de Jésus-Christ expirait sur la
croix, son âme sainte descendait dans un lieu que l'Ecriture appelle les enfers, et que les saints Pères désignent vulgairement sous le nom de limbes ; que là étaient retenues les âmes de tous les fidèles qui étaient morts et qui étaient passés de cette vie dans l'autre avec la foi et l'espérance au Rédempteur à venir, par le sacrifice duquel le ciel devait s'ouvrir, et la vue de Dieu se manifester aux élus ; qu'enfin, il délivra ces âmes, en éclairant par sa venue les ténèbres où elles étaient plongées, en brisant les liens qui les retenaient captives, en déclarant par là son pouvoir contre l'enfer, en triomphant « du fort armé. » Luc. xi.
En descendant aux enfers, le Fils de Dieu voulait nous déclarer son humilité profonde, la soif qu'il avait de notre salut, le grand amour avec lequel il entreprit et opéra le mystère de notre rédemption. Son corps avait déjà été cloué sur une croix, et ses ennemis avaient exercé contre lui toute leur rage et toute leur cruauté; mais, ce n'était pas assez pour son amour, et il fallait encore qu'avec son corps son âme fût humiliée dans cette affreuse journée. Sans doute il descendait aux enfers, non plus comme un coupable, mais en vainqueur, et toutefois ce fut une grande marque de son amour de se donner tant de peine pour accomplir une œuvre qu'il pouvait terminer d'un seul acte de sa volonté, et quand sa personne sainte descendit dans un lieu si bas et si éloigné du ciel, au sein des horreurs du tombeau et dans les ténèbres de la prison du démon, on ne peut plus douter des excès de son humilité ! Qui donc, en présence de ces considérations, compterait encore pour quelque chose ce qu'il a fait, ce qu'il fait ou qu'il espère faire et souffrir encore au service de Dieu et pour sa gloire, tout aussi bien que pour l'utilité du prochain?
De ceux qui pèchent contre la foi et la confession de cet article.
Les réflexions qui précèdent suffisent pour que celui qui a fait davantage, s'estime et se croie plein d'orgueil si par hasard la pensée du peu qu'il a fait se présentait à son esprit avec quelque complaisance. C'est ainsi qu'on pèche contre ce cinquième article