LIVRE PREMIER, CHAPITRE VIII
quand on met des bornes à ses bonnes actions, pensant toujours en faire trop, ou se croyant suffisamment affermis dans la vertu. On n'avance réellement dans le bien qu'autant qu'on regarde comme au-dessous de ses obligations tout ce qu'on fait pour l'homme et la gloire de Dieu ou pour l'utilité du prochain. Ah ! que nous devons humilier nos pensées et nous défier de nousmêmes ! Oh ! comme nous devons mettre notre confiance dans la providence de Dieu. Oh ! comme nous pouvons espérer dans les soins que Dieu prend de ceux qui se recommandent à lui en cette vie, puisqu'il eut pour ces âmes depuis si longtemps descendues aux enfers une si grande sollicitude ? Que n'aurions-nous pas à dire ici de ceux qui, après quelques fatigues prises pour Dieu, croient toujours avoir trop fait, ne soupirent qu'après le repos, dédaignent d'accomplir en leurs personnes toutes leurs obligations, les renvoyant toujours à d'autres, et soutiennent qu'ils ne sont pas obligés à remplir tant de devoirs, ni à s'abaisser à des choses que d'autres peuvent faire aussi bien qu'eux.
De la seconde partie de cet article.
La seconde partie de cet article est ainsi conçue : « Qui est ressuscité d'entre les morts. » Ces paroles nous apprennent que celui qui a donné sa vie et subi la mort pour nous sur la croix, au milieu des tourments et des outrages les plus inouïs, qui a été tourné en dérision par tout le peuple, qui était devenu la risée de tous ceux qui assistaient à son supplice ou qui le rencontraient sur le chemin, grands ou petits, celui-là même ressuscita le troisième jour après sa mort, en comptant celui où il expira, et que son âme sainte sortant des enfers ou des limbes, entourée des âmes des justes qui y attendaient sa venue, accourut au sépulcre, s'unit une seconde fois aux dépouilles mortelles et inanimées de son corps étendu sans vie dans le tombeau, par la puissance de la divinité qui n'avait jamais été séparée ni du corps ni de l'âme, et s'élança triomphante et glorieuse, laissant le sépulcre fermé et rendant dérisoires toutes les précautions de la malice des Pharisiens.
En résumé, le Fils de Dieu ayant offert dans sa mort une satisfaction pour les hommes coupables, le Père éternel ne voulut pas le laisser clans le tombeau plus de temps qu'il n'en fallait afin que tous pussent se convaincre de la vérité de sa mort, et que sa résurrection devînt aux yeux de tous, un prodige admirable. Il donna une vie immortelle et glorieuse à celui qui pour sa gloire avait fait le sacrifice de sa vie et s'était soumis à une mort honteuse. Il voulait apprendre au monde quel était celui qu'il avait condamné avec tant de malice, et c'est pourquoi, il le fit sortir du tombeau victorieux et triomphant du démon, du monde, du péché, de l'enfer et de la mort, afin que tous reconnussent en lui le Fils de Dieu et Dieu lui-même tout-puissant. Pendant tout le cours de sa vie, et surtout dans les circonstances de sa mort, il s'était montré Fils de l'homme, et véritablement homme, mais dans la gloire de sa résurrection, on ne voit plus en lui que le Fils de Dieu, Dieu lui-même, car il triomphe de la mort par sa propre vertu.
La résurrection du Sauveur nous donne l'assurance que par ses mérites nous ressusciterons de la mort du péché à la vie de la grâce. Si le Christ n'était pas ressuscité, nous serions toujours demeurés dans nos péchés, incertains qu'ils nous fussent jamais pardonnes ou que nous fussions jamais délivrés de la tyrannie de Satan. Mais puisqu'il est ressuscité par sa propre puissance, et qu'il s'est élancé victorieux et fort sur les ruines de ses ennemis et des nôtres, nous ne pouvons plus douter de notre liberté, de notre rédemption, de notre justification, de notre réconciliation avec Dieu. Voilà pourquoi l' Apôtre s'écriait dans les transports d'une confiance invincible : a Le Christ est ressuscité pour nous justifier. » Rom. iv, 25. Voilà pourquoi saint Pierre affirmait « qu'en vertu de Jésus -Christ crucifié notre conscience avait été purifiée aux yeux de Dieu. » I Petr. m, 21.
Nous retirons encore de ce mystère un autre avantage, je veux dire la résurrection et l'immortalité. « Si nous croyons, comme dit l'Apôtre, que Jésus-Christ est ressuscité, nous devons croire aussi que par la vertu de ses mystères, par sa mort et sa résurrection, il ressuscitera ceux qui sont morts dans la foi du Sau-