CHAPITRE III
Première excellence de la foi chrétienne: elle a été révélée de Dieu.
Entre toutes ces excellences, la première consiste en ce que la foi et la doctrine de notre religion ont été révélées par Dieu. La foi, comme nous l'avons déjà dit, est la racine et le fondement de toute la vie chrétienne. En tant qu'elle est le fondement, elle doit être ferme et inébranlable, afin de pouvoir donner de la solidité à toutes les parties de l'édifice qui s'élève sur elle. Si elle est faible et mobile, ce qui reposera sur elle participera à sa faiblesse et à sa mobilité. Il est donc nécessaire que la foi, qui est, nous l'avons vu, le fondement de la vie chrétienne, soit très-certaine, très-ferme et d'une infaillible vérité. Or une vérité infaillible doit avoir un principe également infaillible, et en ce sens elle doit découler de la première vérité qui est Dieu, chez qui on ne saurait concevoir ni l'erreur ni le mensonge, tout autre principe étant fatalement entaché de faiblesse ou d'erreur. L'esprit humain, obscurci par les ténèbres du péché originel, ne peut en matière de religion rien produire de véritable et d'infaillible, témoin ces sectes infinies, ces pratiques infâmes, ces religions fausses de l'idolâtrie qui furent le scandale de l'univers avant que la lumière de l'Evangile éclairât le monde ; témoin encore les opinions si nombreuses et si pleines de contradictions des
philosophes. Ces hommes d'élite, qui étaient comme la fine fleur de la nature humaine , passaient leur vie à purifier et à perfectionner clans l'étude de la sagesse l'imperfection de leur intelligence; mais où aboutissaient leurs efforts? On ne trouve pas la moindre unité dans leurs doctrines ; ils ont tous des opinions différentes ; leur langage confus ressemble à celui de ces hommes qui élevaient la tour de Babylone, et ce qui est pire, ils ne s'entendaient pas sur trois choses essentielles qui importent, le plus à la vérité d'une religion : la providence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la fin dernière de l'homme. Pour ce qui regarde la providence, les uns prétendent qu'elle veille aux choses d'icibas; les autres, au contraire, le nient; il en est même qui reconnaissent qu'elle veille sur les animaux, tandis qu'elle abandonne et délaisse l'homme. L'àme est mortelle d'après les uns; d'après les autres elle est immortelle. Mais ce qui est autrement affligeant, c'est que, la connaissance de notre fin dernière étant la mesure et la règle qui doit dicter notre conduite et diriger nos pas, on ne trouve qu'incertitude et doute sur cette question dans les écrits de ces hommes illustres dont nous parlons ; que dis-je? M. Varron, au rapport de saint Augustin, compte deux cent quatre-vingt-huit opinions, ou, pour mieux dire, extravagances, sur cette importante matière. Pour eux, en effet, tout se terminait à cette vie, abîme infini de misères, mer immense éprouvée par toutes les tempêtes et tous les troubles ; leur fin dernière et leur bonheur, ils ne supposaient pas pouvoir les placer dans une existence dont ils n'avaient aucune notion. Aussi entendez comme saint Augustin s'indigne hautement contre les philosophes et contre tous ceux qui cherchent leur félicité en cette vie : « Où allez- vous, hommes perdus, pourquoi marcher à ïa poursuite de la félicité dans des chemins si difficiles et si durs? Le repos n'est pas où vous le cherchez. Cherchez ce que vous cherchez, mais vous ne le trouverez pas où vous le cherchez. Eh quoi ! vous cherchez la vie dans la région de la mort, vous ne l'y trouverez pas. Comment trouveriez-vous la vie heureuse là où se trouvent à peine quelques vestiges de vie? » Aug. Conf., IV, xii. Dans ces paroles le saint docteur condamne non