CINQUIÈME PARTIE, SECTION H, CHAPITRE III. H
plus ceux qui recherchent la vie heureuse, c'est là un désir ardent imprimé dans nos cœurs par Dieu comme un encouragement à la vertu; ceux qu'il réprouve, ce sont ceux qui perdent le temps à chercher le bonheur où il n'est pas, c'est-à-dire en cette vie.
Mais pour en revenir à notre sujet, puisque la vérité de la foi est le fondement de la vie chrétienne, puisque cette vérité doit être très-certaine, très-ferme et infaillible, puisque cette fermeté ne se trouve ni dans les écoles et les enseignements philosophiques, ni moins encore dans l'esprit des hommes, il s'ensuit qu'elle doit nous venir de Dieu. Si Dieu, en effet, et la philosophie est forcée de le confesser, donne toujours à ses créatures ce dont elles ont besoin ; s'il n'en est aucune, si infime qu'elle soit, une mouche, une fourmi, qui soit privée de ce qui est indispensable à la conservation de sa vie, combien moins l'homme, pour le service duquel ce monde a été fait? S'il a créé, pour la subsistance de l'homme tant de sortes d'aliments, d'oiseaux, de poissons et d'autres animaux ; si pour guérir les maladies de ce corps corruptible qui lui est commun avec les bêtes, Dieu a fait tant d'espèces d'herbes, de pierres et d'eaux curatives, comment aurait-il oublié les âmes immortelles par lesquelles les hommes se rapprochent des anges, et les aurait-il privées des secours que réclame la perfection de leur vie? Eh quoi! il n'aurait pas pourvu à toutes les nécessités de l'àme, celui qui s'est montré si généreux pour les besoins du corps? Qui oserait dire une pareille chose de cette providence qu'on ne prend jamais en défaut? Àh! c'était le cas ou jamais d'exercer sa bonté. Quel désordre et quelle inconséquence n'y aurait-il pas eu à satisfaire avec tant d'abondance à toutes les exigences du corps, et à laisser en souffrance les nécessités de l'âme, l'âme si supérieure au corps et à laquelle ce dernier doit être soumis comme un esclave l'est à son maître, ainsi que nous l'avons prouvé en parlant de la providence de Dieu?
Un grand Docteur donne à l'appui de notre proposition une raison qui me paraît sérieuse et que je vais exposer. Il suppose , ce que nous démontrerons plus tard , qu'il n'y eut jamais dans
fiO INTRODUCTION AL' SYMBOLE DE LA FOL
le monde une religion ayant produit un aussi grand nombre d'hommes bons et saints que la religion chrétienne. Partant de ce principe, voici son raisonnement : Dieu étant la bonté même, doit aimer les bons, car d'après Aristote, la similitude engendre l'amour. Si Dieu aime les bons il doit les secourir dans leurs besoins, et le plus essentiel de tous c'est le salut, Or, comment se sauver si l'on n'a une connaissance véritable et assurée de Dieu? Et comment connaître Dieu, s'il ne donne lui-même cette connaissance? Voyez dans quelles superstitions et dans quelles erreurs grossières les hommes sont tombés à ce sujet. Yoilà un enchaînement rigoureux de propositions incontestables. Qu'en conclure, sinon que la religion chrétienne, qui a produit tant de saints et d'hommes vertueux, comme l'histoire de l'Eglise et le Martyrologe en font foi, possède la connaissance du vrai Dieu? Dire que la connaissance de Dieu et un culte digne de lui sont choses étrangères à ce monde , c'est un horrible blasphème , car c'est avancer que la plus noble créature que Dieu eût placée sur la terre, celle pour laquelle toutes les autres ont été faites, l'homme enfin a été créé parfait sans pouvoir atteindre sa dernière fin. Evidemment il y a là un oubli manifeste de la bonté, de la sagesse, de la providence du Créateur qui n'a rien fait de plus parfait que l'homme.
Or c'est pour satisfaire à ce besoin de notre nature que Dieu nous a révélé par la bouche de ses ministres la doctrine de la foi, c'est-à-dire ce que nous devons croire, ce que nous devons espérer, ce que nous devons faire et enfin la manière de le servir et de l'honorer. Il nous reste maintenant à montrer que cette céleste doctrine est justement celle que la religion chrétienne professe et enseigne ; nous le ferons dans la suite de cet écrit où la beauté et les excellences de cette doctrine nous amèneront à reconnaître que Dieu en est l'auteur et qu'il nous l'a révélée luimême.