‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 333 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE IX

faire voir que nous devions le suivre où il allait, comme il le dit lui-même à ses disciples : « Où je vais moi-même, vous viendrez à votre tour, et si je vous précède c'est pour vous préparer une place. » Id. Troisièmement enfin, il devenait notre avocat auprès de son Père et traitait lui-même nos affaires.

Gardons-nous d'entendre les paroles de cet article dans un sens trop grossier, et ne nous représentons ni un trône matériel pour Jésus, ni une figure sensible pour Dieu son Père. Rien ne serait plus faux, car Dieu n'étant pas composé de parties, n'a ni droite ni gauche; ce qu'il faut entendre seulement, c'est que Jésus- Christ Homme-Dieu, étant une personne divine, est en tant que Dieu consubstantiel à son Père, qu'il lui est égal par son essence, qu'il a le même pouvoir et la même autorité, et que du haut de sa gloire il gouverne tout ce qui a été fait au ciel, sur la terre et dans l'univers tout entier, et que son trône est au-dessus de tout ce qui existe.

Des fruits que doit produire ce sixième article.

De cet article nous pouvons conclure quelle est la meilleure manière d'honorer Jésus-Christ : nous devons l'adorer en esprit puisqu'il a voulu dérober à nos yeux son humanité, et le servir par un culte spirituel, lui donnant notre cœur et notre volonté , ayant pleine confiance en lui et en ses paroles, espérant en ses promesses et redoutant ses menaces. Quand il en est ainsi, toutes les œuvres qui procèdent de cette foi puissante sont des œuvres spirituelles. Il mettra donc réellement en pratique les vérités qu'il professe dans cet article, celui qui donnera son cœur à Jésus- Christ et qui mettra en lui sa confiance, car alors le cœur n'est plus de la terre mais du ciel, et il place en Dieu et non pas dans les .créatures toute son espérance. Il n'est pas indifférent de confesser que le Christ est notre trésor ; car, puisqu'il est vrai que là où est notre trésor là est aussi notre cœur, on doit quand on croit que le Christ est dans les cieux, avoir son cœur au ciel, et le faire soupirer sans cesse après les choses du ciel. Nous appellerons œuvres célestes celles que Dieu est venu enseigner et faire lui-

même en ce monde , comme la foi , la justice , la pureté et l'exemption de tout péché.

Mais le chrétien qui occupe toujours son cœur des choses de la terre, qui les a en si haute estime qu'il met en elles toute sa confiance, et attend d'elles seules un remède et un secours à ses tribulations et à ses travaux, contredit ses paroles par ses œuvres, il confesse que son roi et son bien sont dans les cieux , mais il attache à la terre toutes ses affections; il reconnaît que Jésus- Christ est assis à la droite de Dieu son Père, c'est-à-dire qu'il a une puissance égale à celle du Tout-Puissant, et il ose s'avilir jusqu'à espérer seulement dans le secours des créatures.

Où l'on résume tout ce qui a été dit jusqu'ici sur la personne de Jésus-Christ et le mystère de sa très-sainte humanité ; sentiments que ces considérations doivent nous inspirer.

En repassant tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur la personne du Fils de Dieu et sur les mystères de sa très-sainte humanité, ou sur les considérations que ces mystères suggèrent, je dis d'abord que toutes les fois que nous penserons à cette seconde partie du Credo ou que nous en parlerons, nous ne devons pas nous contenter de croire les mystères du Sauveur comme nous croyons une histoire exacte et vraie ; notre foi, si elle s'arrêtait là, ne surpasserait pas la foi des démons. Lisons l'Evangile et nous y verrons souvent que les démons croient tous fermement que Jésus-Christ est le Fils-unique de Dieu; ils croient aussi qu'il est véritablement homme, qu'il a souffert, qu'il fut descendu de la croix et placé dans un sépulcre, que son âme descendit aux enfers pour en délivrer les âmes des saints patriarches, qu'il est ressuscité le troisième jour, qu'il monta au ciel quarante jours après sa résurrection, qu'il est assis à la droite de son Père, et enfin qu'il viendra à la fin du monde en juge sévère juger tous les hommes; et comme tel, ils le redoutent et le craignent. Néanmoins cette foi ne les justifie pas, encore qu'ils soient saisis de frayeur et de crainte et qu'ils fléchissent le genou à son saint nom.

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