‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 334 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE IX

La foi qui justifie est celle qui croit que tout ce que le Sauveur a fait il l'a fait pour notre bien et notre salut ; que s'il est descendu du ciel, c'est pour nous y faire monter ; que si, étant Fils unique de Dieu, il s'est fait véritablement homme, c'est pour rendre les hommes participants de sa nature divine, dieux par participation, fils de Dieu, ses frères par la grâce, héritiers par lui et avec lui des biens éternels; que s'il a été conçu par l'opération du Saint-Esprit, d'une mère vierge avant, pendant et après l'enfantement, outre qu'une conception aussi extraordinaire convenait à sa personne, c'est pour purifier notre conception et notre naissance, souillées par le péché et dignes d'une éternelle condamnation, et aussi pour nous engendrer une seconde fois, par la vertu du Saint-Esprit, comme de nouvelles créatures, à une nouvelle vie de la grâce; que c'est toujours pour effacer nos fautes, pour nous délivrer de la malédiction de la loi, de la mort et de la peine éternelle, qu'il a été crucifié, qu'il est mort, qu'il a été enseveli ; qu'il est descendu aux enfers afin de triompher du démon, en le dépouillant et en arrachant les âmes des justes à sa tyrannie; qu'il est sorti du tombeau en brisant les liens et les entraves de la mort, afin de nous rendre notre liberté et de nous affranchir de la tyrannie de Satan, du péché, de la mort et de l'enfer ; pressé du désir de nous justifier par la grâce et de nous donner l'espérance assurée de sa gloire et de la résurrection de nos corps, il est monté aux cieux où il s'est assis à la droite du Père, afin de nous en ouvrir l'entrée toujours fermée jusque-là, de nous faire descendre son Saint-Esprit, d'y défendre auprès de son Père nos plus chers intérêts, d'y gouverner enfin en Seigneur souverain, selon cette parole des saints Livres : « Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Mat th. xxviii, 48. Qu'enfin s'il doit venir à la fin des temps juger les vivants et les morts, c'est pour récompenser les bons et pour châtier les méchants.

Et puisqu'en Jésus-Christ réside de tant de manières et avec tant d'abondance le principe de notre salut, il est juste, il est même nécessaire que nous mettions en lui toute notre confiance, que dans tous nos travaux nous nous abritions en lui comme en

un refuge assuré et en un port à l'abri des tempêtes, que nous placions en lui seul notre gloire et notre consolation, comme dans un trésor inestimable, nous écriant avec l'Apôtre : « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, et il l'a livré à la mort pour nous tous ; que peut-il nous refuser? que peut-il nous donner après nous avoir donné son Fils, en qui il met toutes ses richesses? Qui accusera les élus de Dieu? c'est Dieu lui-même qui les justifie. Qui les condamnera après que Jésus-Christ est non-seulement mort, mais encore ressuscité, et à la droite de Dieu où il intercède pour nous. » Rom. vm, 32-34. Yoilà quelle doit être notre foi pour qu'il nous soit permis de nous en faire gloire ; ni les démons, ni les mauvais chrétiens ne peuvent croire ainsi.

Mais, si nous voulons que notre foi soit pleine et parfaite, il faut y joindre l'imitation des œuvres du Christ. « Jésus-Christ, dit l'apôtre saint Pierre, nous a laissé en mourant un grand exemple, afin que nous suivions ses traces. » I Petr. n, 21. Ne lisons-nous pas de lui que, quoique étant égal à son Père éternel, et Seigneur universel de toute la création, il a daigné s'abaisser jusqu'à se faire homme et à se revêtir de la forme de l'esclave? Or comment connaîtrons-nous ceux qui ont une foi parfaite en cet article? aux œuvres qui la manifestent en eux? Plus un homme « sera grand et illustre aux yeux des hommes par le sang et les richesses, en dignité et en sainteté, et plus sa foi le rendra humble devant Dieu, plus elle lui fera reconnaître qu'il n'est que cendre et que poussière ; malgré sa grandeur, cet homme ne méprisera pas les faibles et les humbles. Il a aussi la foi parfaite à l'injustice des souffrances du Christ « celui qui souffre avec patience les peines injustes. » I Petr. n, 19. Yoilà ce qu'on appelle suivre les traces du Christ ; de même donc que nous confessons que le Christ est mort pour nous, ainsi devons-nous travailler à mourir spirituellement, nous efforçant tous les jours de mortifier en nous le vieil homme, les coutumes de la vie passée, les mauvais désirs et les appétits de la chair.

Le Seigneur nous ordonne encore de l'imiter dans l'amour que nous portons à nos frères, et de les aimer comme il nous aime; celui qui croit donc parfaitement que le Christ a donné sa vie

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