‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 347 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XII

Dans ce premier sens, les infidèles et les hérétiques sont seuls hors de l'Eglise. Dans le second sens, ces mots Eglise sainte ne s'appliquent qu'aux fidèles réellement saints, en état de grâce, membres vivants du corps mystique dont le Christ est la tête, vivant de la vie de la grâce, vivifiés par l'Esprit-Saint, qui est l'esprit même de Jésus-Christ, et qui produit dans la sainte Eglise cette union des bons avec le Christ, union des membres avec leur tête. A l'Eglise, entendue dans ce sens, s'applique la seconde partie du même article, qui dit : Je crois la communion des saints. Quant à ceux qui ne sont pas en état de grâce , ils méritent que l'on pleure sur eux, parce qu'ils n'appartiennent à l'Eglise que par le nombre, qu'ils ne lui appartiennent pas par le mérite, ne sont chrétiens que de nom; leur vie n'ayant pas pour principe l'esprit du Christ, parce qu'ils ne sont pas membres vivants de son saint corps, qu'ils n'aiment pas véritablement le Sauveur, et qu'ils n'en sont pas les amis, conformément à ce qu'il dit : « Vous serez mes amis si vous observez mes commandements et mes préceptes. » Joan. xv.

Mais il y a une grande différence entre ces chrétiens et les hérétiques; leur conversion présente bien moins de difficulté, parce qu'ils ne sont pas séparés de la confession de la vérité , ni embarrassés dans les erreurs de l'intelligence. Néanmoins, je les estime bien misérables, et je voudrais bien leur demander ce qu'ils éprouvent et ce qu'ils ressentent lorsqu'ils confessent cet article de l'existence d'une société en ce monde à laquelle l'Esprit-Saint communique ses dons, sa pureté et sa sainteté, alors qu'ils savent, par le témoignage de leur conscience , qu'ils n'appartiennent pas à cette société, mais à une autre dont le démon est le chef, lui, l'ennemi capital de Jésus-Christ. Avec combien de raison ne devrait-il pas être troublé dans son cœur celui qui aborde la confession de cet article avec un péché mortel sur sa conscience, lequel fait de lui un ennemi de Dieu et l'esclave du démon.

Cet article nous enseigne l'importance que nous devons attacher à désirer et à rechercher la paix de l'Eglise, le profond respect que nous devons avoir pour sa doctrine, et combien nous devons honorer les serviteurs de Dieu dont la vie est exemplaire.

Quiconque fait le contraire pèche contre la confession de cet article.

De la seconde partie de cet article, à savoir : de la foi à la communion

des saint».

Cet article nous ordonne ensuite de croire à la communion des saints. Parmi les fidèles en état de grâce et qui sont membres vivants du corps mystique de Jésus-Christ, il existe une communication merveilleuse, soit entre eux, soit avec Jésus-Christ, soit avec l'Esprit-Saint : avec Jésus-Christ, parce qu'il est leur véritable tête, et qu'il communique ses mérites à ceux qui lui sont unis en qualité de membres vivants par la grâce ; au Saint-Esprit, parce qu'il leur donne cette vie de la grâce, qu'il la produit en eux, qu'en eux il vit, habite et règne, et qu'il les unit plus étroitement entre eux que ne le sont les membres du corps humain, lesquels vivent d'une seule vie, parce qu'ils sont animés par une même âme. Ils sont également unis entre eux parce qu'ils participent tous à un même esprit, ils reçoivent l'influence de la même tête. Du reste, étant membres d'un même corps, il s'ensuit nécessairement qu'ils se communiquent les biens et les maux. Cette communion existe encore entre eux touchant les sacrements, les sacrifices, les prières, les jeûnes et les aumônes : chacun en profite d'autant plus que ces œuvres se multiplient et grandissent, et que la religion s'étend davantage; au contraire, plus ses œuvres diminuent, plus la religion se perd dans le monde, plus la perte de chacun de nous est grande, ainsi que le préjudice commun. Voilà ce que signifient ces mots de communion des saints; en donnant le nom de saints à tous ceux qui sont en état de grâce, les fidèles qui méritent ce nom pratiquent, à l'égard du prochain, cette charité et une libéralité généreuse; ils lui font part largement de ce qu'ils possèdent, et croient recevoir toujours plus qu'ils ne donnent; ils pensent d'eux-mêmes avec humilité et supposent que tous les autres leur sont supérieurs, c'est-à-dire sont plus riches qu'eux en biens spirituels, et possèdent plus qu'eux de quoi leur faire part et leur communiquer.

D'après ce qui précède, ceux-là pèchent contre la foi en cet

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