‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 364 sur 383 · UVRE PREMIER, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

UVRE PREMIER, CHAPITRE XVI

Songez encore au supplice cruel inventé par Phalaris, qui faisait enfermer les condamnés dans un taureau d'airain, sous lequel on mettait du feu, de manière que le supplicié était brûlé peu à peu sans pouvoir trouver le plus léger soulagement et faire autre chose que crier et s'agiter jusqu'à la mort. C'est là une horreur dont"on n'entend jamais parler sans frissonner ; mais qu'est-ce que tout cela, ô chrétiens, comparé aux tourments de l'enfer, un tourment en songe, et même moins encore? Si la seule pensée de ces inventions horribles nous fait frissonner, que sera-ce de souffrir des supplices sans fin. Souffrir éternellement est quelque chose de si terrible, qu'un seul des enfants d'Adam , dût-il y être condamné, il n'en faudrait pas davantage pour vous faire trembler tous. Un seul des disciples du Christ devait le trahir, et quand le Sauveur dit : l'un de vous me trahira, ils se mirent tous à trembler et à devenir tristes, tant la chose était grave. Comment ne tremblons-nous pas, nous autres, sachant certainement que le chemin du ciel est étroit, que le nombre des insensés est infini, que l'enfer a élargi son sein pour recevoir les malheureux qui s'y précipitent? Si nous ne le croyons pas, où est notre foi? et si nous le croyons, où est notre jugement et notre raison? et si nous avons du jugement et de la raison, comment nos cris ne font-ils pas retentir les rues, comment n'allons-nous pas dans les déserts faire pénitence pour éviter d'éternels tourments?

La plus grande peine des damnés est de savoir que leur supplice durera autant que Dieu et qu'il n'aura jamais de fin. S'ils savaient que leur supplice dût finir au bout de plusieurs millions d'années, ce serait pour eux une grande consolation; quoique longues, leurs douleurs auraient une fin, mais ils sont sûrs du contraire. « Là dit saint Grégoire, c'est une mort sans mort, une défaillance sans défaillance, une fin sans fin; la mort y est toujours vivante, la fin y commence sans cesse, et la défaillance ne peut finir par une défaillance. » Moral. IX, xvm.

Le Prophète disait aussi : « Ils sont dans l'enfer comme des brebis, et ils serviront de pâture à la mort. » Ps. xlviii, 1 i. L'herbe que l'on fait brouter ne s'arrache pas, la racine demeure afin de produire une nouvelle herbe qui, à son tour, servira de

pâture. Voilà pourquoi les pâturages sont toujours pleins de vie. Il en sera de même des damnés. Et comme la mort ne saurait d'ailleurs mourir, elle ne se rassasiera jamais de cette pâture, elle ne se lassera jamais de cette tâche, et elle aura toujours de quoi se satisfaire, de même que les méchants auront toujours de quoi souffrir.

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