‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 363 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XVI

deux arbres auxquelles on attachait les deux pieds du martyr, en sorte que les branches, en reprenant leur position naturelle, mettaient en pièces les corps de ces infortunés. Eh bien! ce déchirement n'est rien à côté de celui de l'âme séparée de Dieu, son tout, et cela pour toute l'éternité.

Des peines particulières des damnés.

Indépendamment des peines communes à tous les damnés, il y en a de particulières et de proportionnées à chaque délit, a Mesure pour mesure, a dit le prophète Isaïe, ainsi l'a décidé le Seigneur dans son cœur dur et fort, au jour des grandes ardeurs. » Isa. xxvii. Ces derniers mots signifient la fureur de la justice divine ; les mots cœur dur signifient la sentence terrible qui châtiera les fautes temporelles par des peines éternelles ; mesure pour mesure indique la proportion qui existera entre la peine et le crime ; en quoi resplendira la beauté de la justice de Dieu, rendant à chacun selon ses œuvres.

En conséquence, comme le dit un docteur, les avares seront châtiés par une pressante nécessité, les paresseux par des aiguillons enflammés, les intempérants par la faim et la soif; les impudiques par des flammes sulfureuses; les envieux hurleront comme des chiens enragés avec une inexprimable douleur ; enfin les superbes et les présomptueux seront livrés à une perpétuelle confusion.

Et maintenant, ô idolâtres du monde, adorateurs de la fortune, des honneurs, vous qui courez sans cesse après de nouveaux plaisirs, que ferez-vous là ? 0 Babylone, qui versera des larmes sur toi comme le faisait le Sauveur en disant : Ah ! si tu savais ! — Si tu savais combien ces voluptés te coûteront cher, et combien ces idoles seront cruelles pour toi. Quiconque mange du fruit qui n'est pas mûr, en a nécessairement les dents agacées : les mondains ayant voulu jouir du repos avant le temps, et faire du lieu de leur bannissement un paradis, il en sera de même d'eux, selon le langage du Prophète : « Tout homme qui man-

géra des raisins verts, en aura les dents agacées. » Jerem. xxxi, 30. Manger des raisins verts, c'est vouloir goûter dès cette vie les délices de l'autre et en avoir les dents agacées, c'est souffrir du châtiment imposé pour cela par la justice de Dieu.

De l'éternité des peines de l'enfer.

Que sera-ce encore si, à la gravité de ces peines, nous joignons leur éternité! Dix mille ans, cent mille, des millions et des millions, des siècles plus nombreux que les étoiles du ciel, que les grains de sable du rivage, passeront, et les damnés, au bout de ce temps, commenceront à souffrir de nouveau; et la roue de leurs supplices tournera sans jamais s'arrêter. « La vallée Tophète, dit Isaïe, a été préparée dès longtemps; elle l'a été par l'ordre du Roi. Des amas de bois en alimentent le feu, et le souffle du Seigneur est comme un torrent de soufre qui les embrase. » Isa. xxx, 33. Expression frappante de la nature des supplices de l'enfer et de leur éternelle durée.

Au surplus, les démons seront chargés d'attiser ces flammes, afin qu'elles ne s'éteignent jamais, et comme ils sont immortels, ils ne se lasseront jamais. Dussent-ils se lasser, le souffle éternel de Dieu ne se lassera pas. Il serait bien avantageux que les hommes comprissent quelque chose à cette durée, ce serait un frein puissant à notre vie; et voilà pourquoi nous emprunterons quelques exemples à nous en donner une idée. Et d'abord, songez à l'usage de certains pays de brûler vivants les criminels, et de rendre le feu d'autant plus lent que le crime a été plus considérable. Mais de combien la cruauté la plus ingénieuse pourrait-elle prolonger le supplice? tout au plus de vingt-quatre heures. Et bien, je vous le demande, si ce supplice de vingt-quatre heures paraît épouvantable, que sera-ce du supplice éternel et si intense de l'enfer? comment exprimer la distance de l'un à l'autre ? Or, il n'y a pas d'extrémité à laquelle un homme ne se soumît pour éviter le supplice dont nous parlions tout à l'heure; que ne devrions -nous donc pas faire pour éviter des tourments éternels.

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