‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 366 sur 383 · LIVRE II, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE PREMIER

Et d'abord, nous tenons de l'Ecriture que Dieu lui-même est l'auteur de la loi, qu'il l'écrivit de son propre doigt sur les deux tables de pierre, comme on le voit au chapitre trente-unième de l'Exode : « Cette table avait été faite par l'ordre de Dieu; elle portait gravée l'écriture même de Dieu... » Puisque Dieu lui-même a non-seulement dicté mais encore écrit cette loi, elle ne saurait être ni plus vénérable ni plus redoutable à nos yeux ; car si les lois qui sont faites par le roi, bien que le roi ne s'oit qu'un homme, obtiennent néanmoins le respect et l'obéissance, combien plus ne doivent pas être respectées et obéies les lois qui émanent de Dieu même ?

En second lieu, voici les biens que la loi divine procure à ceux qui l'accomplissent : Elle nous fait connaître nos péchés, et nous avertit ainsi des dangers que nous courons; elle nous montre dans quelle circonstance, de quelle manière, avec quelle gravité nous péchons, selon l'enseignement de l'Apôtre : « Par la loi nous avons la connaissance du péché. » Rom. m, 20. Et plus loin: « Je ne sais ce qu'est le péché que par la loi. Ibid. vu, 13. Or une telle connaissance nous excite fortement à rechercher la grâce de Dieu et à embrasser les rigueurs de la[ pénitence. De plus, cette même loi nous enseigne en quoi consistent réellement les bonnes œuvres, quelles sont celles par lesquelles nous accomplissons la volonté de Dieu, comme le dit encore l'Apôtre : « La loi est sainte, le précepte est juste et bon. » Ibid., 12. La loi nous est donc à cet égard une doctrine sûre, une expérience anticipée, et nous savons de la sorte si nous accomplissons la divine volonté et si dans nos œuvres nous sommes mus par son esprit; ceux qui, comme s'exprime encore l'Apôtre, obéissent aux entraînements de la chair, n'ont pas l'esprit de Dieu. Enfin, la loi est un code spirituel qui nous détourne du mal et nous trace d'une manière claire le chemin de la vertu. C'est toujours saint Paul qui nous l'enseigne dans l'épitre déjà citée : La loi est notre guide; elle a été posée pour réprimer ceux qui s'élèvent contre elle. Puis donc que les fruits de cette divine loi sont si précieux et si nécessaires, ayons-la constamment présente à nos yeux, afin de la respecter et de l'observer sans cesse.

o96 TRAITÉ DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.

Si quelqu'un demandait ce que nous avons à voir, nous chrétiens, vivaut sous le règne de la grâce, avec les préceptes donnés à l'ancien peuple sous l'empire de la loi écrite ; et si l'on ajoutait, en s'emparant d'une autre parole du même apôtre, que nous sommes affranchis de cette loi, que nous sommes les sujets non de la loi, mais de la grâce ; nous répondrions que l'Evangile tout entier et la doctrine du Christ dans chacune de ses parties ne sont pas autre chose qu'une exposition perfectionnée des dix commandements, comme on peut s'en convaincre sans peine en lisant le cinquième chapitre de saint Matthieu. Il suit de là que la parfaite observation du Décalogue regarde les chrétiens encore plus que l'ancien peuple; et quand l'Apôtre déclare que le Christ nous a délivré de la loi, ce n'est pas des préceptes moraux qu'il entend parler, mais bien des cérémonies, des formes judiciaires et politiques du peuple juif. Le Christ lui-même prévient une semblable illusion, et ne permet à personne de se persuader que la loi morale, résumée dans les dix commandements, n'oblige pas ses disciples, quand il dit : « Ne pensez pas que je sois venu détruire-la loi et les prophètes; je ne suis pas venu détruire, mais accomplir et perfectionner. Je vous le dis en vérité, le ciel et la terre passeront, avant qu'un iota ou une virgule disparaisse de la loi. Celui qui, par parole ou par action, effacera le moindre précepte, sera le plus petit dans le royaume des cieux ; tandis que celui qui pratiquera et enseignera complètement ce que j'enseigne, sera grand dans le royaume des cieux. » Matth. v, 17 et seq.

Avant de traiter de chaque précepte en particulier, disons quelques mots touchant la fin ou le but de la loi. Evidemment ce but ne saurait être que de nous enseigner comment, dans toutes nos actions, tant intérieures qu'extérieures, nous pouvons nous rendre agréables au Seigneur, et représenter dans notre vie, de la manière que cela nous est possible, la bonté et la sainteté de Dieu. Ce qu'il exige de nous pour cela, il nous l'a fait connaître dans les dix commandements; et les œuvres que ces mêmes commandements nous imposent, sont la pratique de la foi que nous professons. Ils furent donnés à Moïse sur deux tables de pierre :

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