‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 367 sur 383 · LIVRE II, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE PREMIER

la première ne contenait que les trois premiers préceptes, qui regardent le culte divin, le service et la gloire de Dieu ; et la seconde renfermait les sept autres, qui sauvegardent le bien du prochain, et qu'on peut considérer comme des rameaux qui sortent des trois premiers.

Il importe encore de noter ici la division que les docteurs établissent entre ces commandements : ils appellent les uns affirmatifs, et les autres négatifs. Les premiers nous prescrivent ou nous ordonnent des choses qu'il faut accomplir, tels que ceux-ci : Vous sanctifierez les fêtes, vous honorerez votre père et votre mère; les seconds s'appellent négatifs, parce qu'ils sont formulés de manière à défendre une chose, comme ceux-ci : « Vous n'aurez pas des dieux étrangers, vous ne tuerez pas, vous ne volerez pas. »

En vertu de cette distinction, on distingue aussi entre les obligations qui résultent des uns et des autres : les préceptes affirmatifs obligent toujours, en ce sens qu'il n'est jamais permis de faire l'opposé de ce qu'ils ordonnent; mais ils ne nous obligent pas à toujours exercer les mêmes actes. C'est ce qu'on exprime en disant qu'ils obligent toujours, mais non pour toujours. On le comprendra mieux par un exemple. Ce commandement : « Vous honorerez votre père et votre mère,» nous oblige toujours, parce qu'il ne nous est jamais permis de le violer; mais il ne nous oblige pas pour toujours, par la raison qu'on ne saurait être constamment à rendre des hommages à ses parents, et que cela ne doit avoir lieu que dans certaines circonstances. Les préceptes négatifs, au contraire, obligent toujours et pour toujours, parce qu'il ne m'est jamais permis de prendre le nom de Dieu en vain, de tuer ou de voler. Voilà pourquoi celui-là n'accomplit pas un tel prétexte, qui prend le bien d'autrui contre la volonté du maître, bien qu'il soit dans l'intention de le restituer plus tard, aussitôt même qu'il le pourra ; car ce serait là agir contre un précepte négatif, lequel produit une obligation permanente et non interrompue.

A ce sujet, il importe aussi de remarquer que tout précepte négatif implique et présuppose un précepte affirmatif; la réciproque •est également vraie. Montrons encore cela par un exemple : Le

commandement qui nous ordonne d'honorer nos parents, et qui dès lors est aiïirmatif, implique et présuppose celui-ci, qui est négatif : Ne les abandonnez pas, ne refusez pas de les secourir quand ils en ont besoin. Ce premier commandement : « Vous n'aurez pas de dieux étrangers, » sous sa formule négative, renferme ce devoir positif : « Vous me regarderez comme le seul vrai Dieu, et vous m'honorerez et me servirez comme tel. » Chacune de ces distinctions, nous devons la faire sur chacun des dix commandements, si nous voulons les bien comprendre.

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