‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 40 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE V

une troisième, encore qu'elle s'écarte un peu de notre sujet. Notre religion étant toute divine est aussi toute spirituelle, c'està-dire qu'elle combat les appétits de la chair en demeurant conforme aux lois de l'esprit. Cherchons à bien comprendre ceci. L'homme est composé de deux parties distinctes : la chair et l'esprit; par la chair il se rapproche des bêtes; l'esprit le rend au contraire semblable aux anges. De même qu'un homme qui serait à la fois médecin et chirurgien peut, selon qu'il lui semblerait bon ou agréable, exercer l'une ou l'autre de ces professions, ainsi l'homme, étant composé de deux natures qui sont l'esprit et la chair, a deux manières de vivre, l'une charnelle conforme aux appétits de la chair qui augmente sa ressemblance avec les animaux, l'autre spirituelle qui, en lui faisant suivre les lois et les inclinations de l'esprit, le rend semblable aux anges et à Dieu lui-même.

Il est donc vrai, et c'est là une de ses excellences, la religion chrétienne est toute spirituelle, et nous enseigne à mortifier nos appétits sensuels et à vivre selon les inspirations de l'esprit. Entendez comment s'exprime à ce sujet le grand Apôtre : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous faites mourir, par l'esprit, les passions de la chair, vous vivrez. » Rom. vin, 13. Il dit ailleurs : « L'homme cueillera ce qu'il aura semé ; celui qui sème dans la chair ne recueillera de la chair que la corruption, et celui qui sème dans l'esprit recueillera de l'esprit la vie éternelle. » Galat. vi, 8. Dans un autre endroit il dit encore : « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. » Je/, v, 24. Leur vie est donc une lutte perpétuelle, une conjuration de l'esprit contre la chair et ses alliés, c'est-à-dire ses appétits. Aussi, comme nous pouvons bien proclamer la différence et aussi la supériorité de la loi chrétienne comparée à la loi des Maures; l'une est toute spirituelle, l'autre est toute charnelle, car elle tolère et encourage des désordres et des vices de toute nature, et elle promet à ses adeptes un paradis souillé et déshonoré par les plus honteuses jouissances. Et cependant qu'ils sont nombreux, ceux qui suivent cette loi impure ! Tous ceux qui écoutent la voix de leur appétit

sont ses fidèles ; encore même qu'ils insultent et renient Mahomet dans leurs paroles, ils l'imitent dans leurs œuvres : erreur déplorable! faiblesse inouïe qui nous confond et qui fait néanmoins succomber la plus grande partie du genre humain !

Ces excellences de notre foi et celles dont nous parlerons plus tard doivent réjouir le chrétien et le porter à remercier Dieu de l'avoir fait naître dans la maison de Dieu, c'est-à-dire dans son Eglise, au milieu des lumières de la vérité qui seules peuvent le conduire à la vie éternelle.

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