CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE V
Dieu, et lui-même nous le déclare ouvertement par la bouche du Prophète-Roi, lorsque, après avoir renié tous les sacrifices de l'ancienne loi, « il réclame un sacrifice de louanges, » et ajoute « que ce sacrifice est à la fois le culte qui l'honore, et le chemin qui conduit les hommes au salut véritable et à l'éternelle félicité. » Ps. xlix, li-23. Le prophète Osée, en parlant de ce sacrifice, l'appelle « le sacrifice de nos lèvres, » Ose. xiv, 3. pour nous faire voir que ce sacrifice de louange était plus agréable à Dieu que celui de tous les animaux.
Remarquons, avant de quitter ce sujet, que l'exercice dont nous parlons, si utile aux âmes qui marchent vers la perfection, l'est peut-être davantage à celles qui ne font qu'entrer dans cette voie. L'ardeur suppose la vigilance, et l'amour de Dieu, quand il est vif, n'a besoin de rien qui l'excite ou l'éveille. Une âme qui aime Dieu lui est toujours unie, et les flammes qui la consument ne lui permettent pas de s'en séparer. En lui elle trouve sa consolation et son repos ; hors de lui tout lui semble insipide ou lui
devient amer.
Notre sainte religion est la source de toute vertu.
De ce qui précède, il est aisé de conclure, ainsi que nous l'observions au commencement de ce chapitre, que la foi chrétienne est très-religieuse, c'est-à-dire qu'elle honore Dieu et lui rend le culte qu'il mérite, ce qui constitue une de ses principales excellences. Pour mieux entendre celte excellence de la foi, il nous la faut comparer avec la suivante qui est toute dans son zèle ardent pour la vertu. Voyez ce que renferment les offices divins, les psaumes, les hymnes, les antiennes, les répons, les capitules, les leçons de matines, les épîtres et les évangiles de la messe, la confession qui les précède et les prières qui les suivent, et vous serez facilement convaincu qu'en toutes ces choses l'Eglise se propose surtout de nous faire détester le vice et de nous faire aimer et pratiquer la vertu. C'est ainsi que la religion chrétienne est une école où l'on apprend parfaitement toute sainteté et toute vertu, et c'est là une de ses premières excellences et de ses plus grandes gloires.
Si donc vous vous arrêtez aux considérations que je vous suggère, comment pourrez-vous vous empêcher de reconnaître que la foi chrétienne est très-religieuse, c'est-à-dire qu'elle rend à Dieu un honneur digne de lui? N'est-il pas vrai que les louanges de Dieu et l'ardeur de la prière sont mêlées à toutes les pratiques dont je parle? La même chose ne nous apparaît-elle pas dans le Gloria Patri que l'on récite à la fin des psaumes et des hymnes, dans le Gloria de la messe et dans la préface? Et pourquoi l'Eglise aurait-elle établi les fêtes de l'année chrétienne, non-seulement celles de Jésus-Christ notre Seigneur, mais encore celles des saints? N'est-ce pas pour glorifier Dieu qui s'est rendu admirable dans les saints? Et si elle honore les saints dans des solennités particulières, n'est-ce pas parce que les premiers ils ont honoré Dieu? Tout ce que l'Eglise fait se rapporte donc à la gloire et à l'honneur de Dieu lui-même.
Une autre excellence de la religion chrétienne, bien digne d'être signalée après celles qui précèdent, c'est qu'elle est surnaturelle et divine. La loi fut promulguée par Dieu ; la grâce, qui donne la force de l'observer, est aussi un don de Dieu; les sacrements, qui sont les canaux de la grâce, ont été institués par le Fils même de Dieu ; la foi, qui est le fondement de la religion et qui nous donne le droit de recevoir les sacrements, est une faveur spéciale de Dieu; enfin, la récompense de ceux qui observent fidèlement cette sainte loi n'est autre que Dieu lui-même vu clairement dans son essence et sa beauté. On voit bien que notre sainte religion est toute divine, puisque son principe, ses moyens et sa fin sont effectivement divins. On arrive de la même façon à se convaincra que notre religion est surnaturelle, ce qui est une autre de ses excellences; et en effet elle élève l'homme au-dessus de tout ce qui est humain, elle le fait monter jusqu'à des hauteurs où la nature perd sa dignité et sa grandeur, elle le transporte enfin dans l'ordre des choses divines.
Notre sainte religion est toute spirituelle.
A ces deux excellences de notre foi, je crois pouvoir en ajouter