‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 42 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTIOiN II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTIOiN II, CHAPITRE VI

de ce qu'il n'est pas glorifié comme ses perfections le demandent. Aimer Dieu de tout son esprit, c'est considérer les perfections et les grandeurs divines, et tout ce qui peut exciter en nous son amour. Aimer Dieu de toute sa mémoire, c'est se souvenir de ses bienfaits ; nous lui devons cette sorte d'amour si nous ne voulons pas devenir inférieurs aux bêtes féroces qui aiment toujours ceux qui leur font du bien, puisque, selon le Prophète, «le bœuf et l'âne reconnaissent leur étable et leur maître. » Isa. 1-3. Aimer Dieu de toutes ses forces, enfin, c'est les employer toutes au service de Celui qui nous les a données et qui nous les conserve.

Il est bon de remarquer ici que si la dernière excellence se rapporte principalement à la foi, celle-ci se rapporte plus étroitement à la charité qui est la forme et la vie de la foi elle-même et de toutes les vertus, puisque, sans elle , il n'y a pas de vertus chrétiennes et que tout disparaît devant Dieu. De même donc que la foi, la charité est un don de Dieu et le plus grand de tous ses dons. Lisez, pour vous en convaincre, la première épître de saint Paul aux Corinthiens, I Cor. xin, 13, et son épître aux Romains : « L'amour de Dieu, y est-il écrit, a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Rom. v, 5. Tant il est vrai qu'on ne peut pas douter que la charité ne soit un don que Dieu lui-même fait à nos cœurs !

Or, si la foi nous oblige à croire en Dieu en nous faisant un devoir de sacrifier notre vie et nos biens les plus chers à nos croyances, la charité nous oblige à aimer Dieu par-dessus toutes choses, et à détester le péché d'une manière souveraine parce qu'il déplaît à Dieu et qu'il nous fait perdre son amitié. Par conséquent, si un cas se présentait où nous eussions à choisir entre la perte de tous les biens que nous aimons ici-bas ou la perte de Dieu par un péché mortel, nous ne devons pas hésiter, et il faut tout sacrifier pour ne pas perdre Dieu notre Seigneur. L'histoire de la chaste Suzanne nous en offre un mémorable exemple, Dan. xm ; placée dans cette cruelle alternative, elle préféra perdre sa vie, sa réputation, son honneur, l'honneur de ses parents, de son mari et de ses enfants , tous les biens qu'on laisse en mourant, plutôt que de commettre un crime qui la séparait de son

Dieu! N'oul «lions pas non plus les exemples plus admirables encore de trois mères héroïques, de la mère des Machabées, dans l'ancien Testament, et dans le nouveau, de Félicité et de Symphorose, mères chacune de sept petits enfants ; ces trois femmes, pour ne pas offenser Dieu, consentirent à voir succomber sous leurs yeux tous leurs enfants au milieu des plus affreuses tortures. Tels sont les rapports étroits qui unissent la loi et la charité; toutes deux mettent les droits de Dieu au-dessus môme de notre vie. Ainsi, pour ce qui touche à la loi de Dieu, il n'est pas possible de trouver une loi plus juste et plus obligatoire que la loi • chrétienne. J'aurais encore bien des choses à dire sur la charité, qui est la reine de toutes les vertus, mais comme j'ai consacré à l'amour de Dieu un traité spécial dans le Mémorial de la vie chrétienne et dans le supplément qui le suit, je mécontenterai de ce qui précède sans y ajouter aucun détail nouveau.

La seconde loi de la religion chrétienne se rapporte au prochain : elle nous ordonne de l'aimer, et pour mieux nous persuader de l'étendue de cet amour, elle nous fait un devoir « de l'aimer comme nous-mêmes. » Matth. xxu, 30. En vérité, cet amour peut-il être plus magnifiquement exalté? Y a-t-il une vertu qui ne soit contenue dans ce précepte, ou un vice qui n'en soit exclu? Si j'aime mon prochain comme moi-même, comme je voudrais n'être ni insulté, ni maltraité, ni volé, ni diffamé, ni déshonoré, je tiendrai envers lui la conduite que je voui qu'on tint envers moi. De même aussi que je désire être secouru dans mes besoins, aidé dans mes travaux, consolé dans mes peines, protégé dans mes périls, je rendrai aux autres les mêmes services et les mêmes consolations. Ces deux lois résument toutes les lois et toutes les écritures.

Mais poursuivons : l'amour du prochain . qui expie et rachète une multitude de péchés, nous est si expressément recommandé parle Sauveur dans L'Evangile, que nous y lisons ces paroles : « Si en offrant un sacrifice à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque sujet de se plaindre de vous, laissez- là votre offrande, allez vous réconcilier avec votre frère, et alors seulement revenez achever rotre sacrifice.» Matth. v, 23. Et

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