‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 43 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VI

Dieu pouvait-il nous faire mieux comprendre l'excellence de cette loi qu'en faisant passer l'amour que nous devons au prochain avant le sacrifice et l'offrande que nous lui présentons? Ne donnet-il pas à entendre parla qu'il n'a jamais pour agréable les actions ou les sacrifices qui partent d'un cœur dévoré par la haine ou qui n'emploie pas tous ses efforts à se réconcilier avec ses ennemis? Ah ! comme il doit passionnément aimer les hommes , Celui qui leur a fait une loi d'un précepte si juste , si charitable et si compatissant !

Que dire encore des paroles dont Dieu se servira au jour du jugement pour récompenser les œuvres de charité et de miséricorde, lorsqu'il dira aux bons : « Ce que vous avez fait à l'un de ces pauvres, c'est à moi-même que vous l'avez fait? » Matth. xxv, 40. Il y a bien d'autres œuvres qui nous ouvrent le ciel, et cependant il est seulement fait ici mention des œuvres de charité, sans doute parce que ce Maître , descendu du ciel pour nous, voulait nous donner à entendre que la pratique de la miséricorde était le plus sûr moyen d'obtenir soi-même miséricorde, tandis qu'on n'avait aucun pardon à espérer quand on négligeait cette vertu.

Qu'elle est donc douce et favorable aux hommes cette loi de l'amour. Etait-il possible d'en formuler de plus utile? Notre Seigneur pouvait-il recommander en termes plus formels les œuvres de charité et de miséricorde? Si le Seigneur, avec toute sa sagesse, avait voulu exciter les hommes à la pratique de ces œuvres, que pouvait-il faire de mieux que de leur dire : « Ce que vous avez fait au plus petit de vos frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait? » On voit par là la beauté et l'excellence de la loi chrétienne, puisqu'elle est toute charité et bienveillance, bonté et fraternité? Est-ce que si cette loi était fidèlement observée le monde ne serait pas transformé? Ne verrions-nous pas un nouveau paradis terrestre prendre la place de cette arène dangereuse où les hommes ressemblent à des bêtes féroces toujours prêtes à se dévorer.

Ce n'est pas une moindre excellence de notre sainte loi qu'on ne puisse trouver en elle rien qui ressemble à une imperfection. L'ancienne loi était bien éloignée de cette perfection ; on y voyait

des lacunes considérables qui s'expliquent par l'ignorance où se trouvait le monde des lumières et de la grâce de l'Evangile, par exemple la pluralité des femmes et le divorce dans le cas où l'épouse ne serait pas au gré de l'époux. Le Sauveur, en parlant de ces imperfections de la loi ancienne, dit « que Moïse la toléra à cause de la dureté de cœur du peuple juif,» Mat th. xix, 8, qui aurait pu se porter à de plus grands excès et tuer les femmes qu'il n'aurait pas été libre de répudier. Aucun de ces désordres n'est sanctionné dans la loi de notre foi et de notre religion.

Mais admirons ici la bonté et la providence de notre Dieu; « comme il désire que tous les hommes soient sauvés et qu'ils arrivent au bonheur pour lequel ils ont été faits, » I Tim. n, \ ; il leur a ouvert une route facile et sûre; outre le secours de sa grâce qu'il leur assure, il les délivre des exigences de la loi ancienne et résume toute sa doctrine dans ces deux lois de l'amour si faciles à observer. Le Sauveur, en venant au monde, se proposait d'unir les Juifs et les Gentils de manière à ce qu'ils ne formassent plus qu'un seul peuple ; pour arriver plus facilement à ses fins, il fait disparaître tous les obstacles qui semblaient devoir les séparer. Rien n'offensait les Juifs comme l'idolâtrie des Gentils ; de leur côté, les Gentils ne pouvaient se faire à l'idée de se soumettre à toutes les prescriptions de la loi des Juifs. C'est pourquoi Celui qui venait fusionner ces deux peuples renversa toutes les barrières en discréditant l'idolâtrie des Gentils et en abrogeant toutes les charges de la loi des Juifs, ainsi que l'explique en détail l'Apôtre dans son épître aux Ephésiens, Ephes. n. La doctrine chrétienne se trouve donc résumée dans ces deux lois de la charité « qui renferment, selon la parole mémo du Sauveur, toute la Loi et les Prophètes,» Mat th. xxn, 10. Heureux ceux qui garderont fidèlement ces deux commandements : leur salut est assuré !

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