‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 49 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE VIII

chaînes et brisé ses fers. » Marc.v, 2, 4. Quand l'homme est privé de la grâce, Dieu a beau chercher à se l'assujettir par les liens de la loi et par l'observation de ses préceptes, il sort de sa prison, renverse tous les obstacles, brise toutes les entraves et s'élance avec passion à la suite de ses appétits grossiers. Mais alors, déplorable spectacle! l'homme devient pire que les animaux. Les animaux, en effet, en suivant leurs appétits, obéissent aux conditions de leur nature ; mais l'homme, outre qu'il sent dans la partie charnelle de son être des inclinations pareilles à celles des animaux, trouve un surcroît de malice dans son entendement et sa raison qui viennent au secours de ses mauvais instincts et lui suggèrent toutes sortes de hontes, d'infamies, de voluptés et de cruautés dont l'humanité semblerait incapable ; l'histoire des martyrs est là pour attester ce que je viens de dire, et leurs tyrans nous donnent une juste mesure de ce que peut l'homme quand il s'éloigne de Dieu.

Donc le secours de la grâce nous est indispensable, et avec la grâce, les sacrements qui sont le seul moyen de l'obtenir. Comprenons combien sont parfaites la religion et la loi chrétiennes, puisque seules parmi toutes les religions, elles ont des sacrements qui, en donnant la grâce, donnent la force d'obéir à Dieu. Cette foi et cette religion, comparées à toutes les autres, l'emportent facilement sur elles, en y comprenant même la loi du Sinaï. C'est en effet un principe de foi catholique, contrairement aux enseignements des Pélagiens, que l'homme est incapable d'accomplir entièrement la loi de Dieu, et de vivre longtemps exempt de tout péché mortel, sans le secours de la grâce. « Sans moi, disait le Sauveur à ses disciples, vous ne pouvez rien faire. » Joan. xv, 5. « Seigneur, s'écriait le saint homme Job, qui peut rendre pur celui qui a été conçu d'une source impure? N'est-ce pas vous seul? » Job. xiv, 4. Moïse enfin ne disait-il pas à Dieu : « Nul ne peut par ses propres forces être innocent à vos yeux? » S'il est donc vrai que l'homme ne puisse accomplir entièrement la loi de Dieu sans la grâce, et qu'il ne puisse être sauvé sans l'observer entièrement, il s'ensuit que ce dont les hommes ont le plus grand besoin est ce mystérieux et divin secours. Or ce

secours ne leur fait pas défaut, et la providence divine, qui ne refuse jamais à ses créatures les choses qui leur sont nécessaires, ne peut avoir privé l'homme de la grâce qui est le premier de ses besoins, et de laquelle dépend sa ruine ou son salut. Dans ce dessein, il a institué les sacrements de la nouvelle loi, qui sont des médecines spirituelles propres à fortifier la faiblesse humaine, et des canaux par lesquels circulent et coulent dans nos âmes les eaux divines de la grâce ; eaux fécondes et puissantes qui, en nous purifiant l'àme de nos taches, nous animent à la vertu, et nous donnent le courage et la force de mettre en pratique les commandements de Dieu, de vaincre toutes les séductions de nos ennemis et de refréner tous nos grossiers appétits.

Or les sacrements produisent deux sortes d'effets, le premier commun à tous, le second particulier à chacun. L'effet commun des sacrements est de donner la grâce, et tous le produisent, pourvu que l'homme n'y mette pas obstacle par ses mauvaises dispositions. Mais en dehors de cette grâce générale, chaque sacrement confère une grâce qui lui est propre et qui vient au secours des besoins particuliers de notre âme. Notre âme ayant des besoins variés, il doit y avoir des remèdes qui la fortifient et la soutiennent dans chacun de ses besoins, et c'est aussi ce qui a lieu. Il y a un sacrement qui nous donne la vie spirituelle en effaçant en nous le péché originel; un autre fortifie cette vie; un autre la maintient et la conserve dans nos âmes ; un autre nous guérit dans nos infirmités spirituelles, et nous délivre de nos péchés; un autre arrache de nos âmes jusqu'aux racines de nos fautes et nous soutient dans les dernières luttes de l'agonie. Enfin, comme il y a dans l'Eglise chrétienne deux genres de vie parfaitement distincts, le sacerdoce et le mariage, et que chacune de ces vies impose à l'homme des obligations particulières, l'Ordre et le Mariage, qui sont les deux derniers sacrements, donnent la force de les remplir.

Que conclure de là, sinon que Dieu est. l'auteur de notre foi et de notre religion? Sa providence irréprochable pouvait-elle s'empêcher de donner à des besoins si notoires des remèdes et des secours dont l'efficacité fût sûre et parfaite? Pourquoi donc cette

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