CHAPITRE VIII
Septième excellence de la religion chrétienne : elle possède seule des sacrements qui confèrent la grâce.
Les bonnes lois sont laites pour diminuer le nombre des péchés et refréner nos appétits. Mais suffisent- elles seules à atteindre ce but? 11 est facile de répondre quand on connaît la faiblesse de la nature humaine depuis la chute ; telle est en effet notre corruption, que tandis que nous nous sentons entraînés avec une indomptable force vers tout ce qui est charnel, nous sommes saisis d'une faiblesse inouïe pour les choses de l'esprit. Avezvous jamais vu un malade paralysé de la moitié de son corps? La partie saine est exquise de sensibilité, et une piqûre de mouche la fait étrangement souffrir ; il ne sent rien dans la partie attaquée, pas même le feu le plus vif. C'est bien là l'image de l'homme tombé; insensible aux blessures mortelles de son âme, il ressent profondément les plus légères souffrances du corps. Comment porter remède à cet état déplorable ? Est-ce que les lois de Dieu pourront guérir ce grand malade ? Ne le croyez pas ; elles demeureront impuissantes malgré leurs promesses et leurs menaces, leurs châtiments et leurs récompenses. Nous en avons une preuve irréfutable dans les Livres saints. Les Juifs avaient bien devant les yeux les lois du Sinaï, et cependant leur infidélité atteignit de telles proportions que Dieu, pour les punir, condamna une partie du peuple à demeurer captif à Babylone, et chassa l'autre partie, qui était de beaucoup la plus nombreuse, delà terre promise qu'il lui avait donnée, et la dispersa au milieu des nations étrangères. On le voit donc, la loi de Dieu était impuissante à refréner les appétits qu'elle devait contenir, et selon le langage de l'Apôtre, « la défense même augmentait sans mesure le désir de faire ce qui était prohibé. » Rom. vu, 43.
Ce misérable état de l'homme nous est représenté par ce démoniaque dont il est "parlé dans l'Evangile, qui «habitait au fond d'un sépulcre, et qui était si furieux qu'il avait rompu ses