CHAPITRE IX
Huitième excellence de la religion chrétienne : les récompenses qu'elle promet à la vertu, les châtiments dont elle épouvantele vice.
Une cinquième qualité de la véritable religion, c'est le crédit qu'elle donne à la vertu , et la défaveur en laquelle elle a le vice, choses dont on peut juger par les récompenses et les honneurs qu'elle promet à la première, et aussi par les châtiments dont elle punit le dernier. La peine et la récompense sont, en effet, comme on a coutume de le dire, les deux poids qui font mouvoir le rouage de toute république et de toute vie bien ordonnée. Or, sous ce rapport, telle est la perfection de notre religion que rien ne peut lui être comparé. A la vertu elle promet des biens inestimables desquels l'Apôtre nous dit que « l'œil n'a jamais vu, l'oreille jamais entendu, le cœur de l'homme jamais compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » I Cor. n, 9. Ce qu'elle laisse espérer, en effet, ce n'est rien moins que la participation à la gloire de Dieu lui-même, qui consiste à voir clairement son essence et à jouir d'elle pendant toute l'éternité. Mais, en revanche, que les châtiments dont elle menace les méchants sont terribles! Elle place devant leurs yeux le supplice de l'enfer, c'est-à-dire un feu éternel et la privation du souverain bien, supplice doublement infini, soit qu'on considère l'objet dont il nous prive, c'est-à-dire Dieu, soit qu'on envisage sa durée qui ne doit jamais avoir de terme et qui s'appelle justement infinie parce qu'elle ne finira jamais.
Mais, pour la plus grande gloire des bons et pour la plus en-
tière confusion des méchants, la foi enseigne encore la résurrection des corps, et se place par ce seul fait au-dessus de toutes les philosophies et de toutes les doctrines humaines. Le corps du juste, après avoir eu sa part de la pratique de la vertu, en jeûnant, en veillant, en priant, en donnant son sang pour la vérité, partagera avec l'âme la gloire du triomphe qu'il l'a si fidèlement aidée à conquérir. Le corps du méchant, au contraire, qui, pour satisfaire ses appétits et ses désirs charnels, transgresse toutes les lois divines, doit expier, avec l'âme, ses fautes dans les tourments. La justice de Dieu exige, ce semble, cette réparation; c'est elle qui, clans son équité parfaite, ordonne que l'homme qui a péché dans son corps et dans son âme, supporte, dans les deux parties de son être, le châtiment de son péché, et que celui qui a voué son être tout entier aux travaux quelquefois si rudes de l'amour, reçoive une récompense proportionnée à ses efforts. Mais, ô merveille ! cet article de notre foi qui nous enseigne la résurrection des corps, nous apprend aussi que le corps qui mourra ressuscitera, et non pas un autre à sa place. Job. xix, 27. Créer un corps nouveau serait une chose contraire à la justice de Dieu, puisque ce serait punir un corps innocent ou récompenser un corps dépourvu de tout mérite. D'ailleurs quelles conséquences n'entraînerait pas cette détestable erreur ! N'est-il pas vrai que le corps du méchant se réjouirait en pensant qu'un autre porterait la peine de ses égarements, et que celui du juste, au contraire, deviendrait la proie d'une amère tristesse devant ces récompenses qu'il mériterait et dont un autre jouirait pour lui?
Qu'on se garde de croire cependant que les bons ou les méchants ne seront récompensés ou punis qu'en l'autre vie; dès celle-ci. Dieu promet à ses fidèles serviteurs mille faveurs, tandis qu'il menace les méchants des plus redoutables rigueurs et de ses fléaux les plus terribles. Ouvrez les Ecritures et en particulier les prophéties, vous verrez qu'il n'y est pour ainsi dire question que de ces deux choses; l'étendue ei le nombre des citations qu'il faudrait faire m'empêchent de les rapportrr ici. Toujours est-il qu'on peut juger par là combien la religion chrétienne favorise