CHAPITRE XII
Onzième excellence de notre religion : la pureté des saintes Ecritures.
L'élévation et la perfection des Ecritures, soit de l'ancien soit du nouveau Testament, et l'efficacité dont elles jouissent pour faire naître dans nos cœurs la crainte de Dieu et l'amour de la vertu, sont encore une des excellences de notre religion. Pour traiter convenablement ce sujet, il faudrait parcourir en détail tous les Livres saints, en faisant ressortir la dignité et la beauté de chacun d'eux. On comprend combien une étude pareille nous entraînerait loin; d'ailleurs ce travail ayant déjà été fait, je renvoie le pieux lecteur à la seconde partie de notre Introduction au Symbole, où il pourra s'éclairer suffisamment sur cette matière. Qu'on me permette néanmoins une réflexion importante au sujet de l'évangéliste saint Jean ; outre qu'il a la gloire d'avoir parlé d'une manière plus étendue que les autres évangélistes de la divinité du Sauveur, il a sur eux le privilège de raconter les différentes circonstances de sa vie avec des détails d'une telle vraisemblance, qu'un homme qui les lirait sans avoir la foi les tiendrait pour des histoires pleines de vérité. Laissez de côté, si vous le voulez, l'évangile de la résurrection du Sauveur, et lisez l'histoire de l'aveugle de naissance, à laquelle se mêlent les
instances et les perplexités des Pharisiens, et vous comprendrez ce que je veux dire. Mais voyez surtout le récit de la résurrection de Lazare : que de particularités, que d'interlocntions avant que le miracle soit accompli! La vérité y est si saisissante qu'il n'est pas un homme de cœur, encore même qu'il ne soit pas chrétien, qui ne reconnaisse à chaque mot l'impossibilité où serait un pauvre pêcheur, comme saint Jean, d'inventer de cette sorte, si le fait lui-même n'eut été son guide et ne lui eût dicté la marche de son récit. Pour moi, je l'avoue, serais-je un philosophe païen, en lisant cette histoire je ne pourrais retenir le même jugement; ce jugement serait aussi, je pense, celui de tout homme impartial qui considérerait attentivement les circonstances de ce magnifique récit. J'ai eu à cœur de faire ici ces réflexions, parce que, jointes à ce que j'ai déjà dit, elles donnent un grand poids à notre foi et en confirment la vérité d'une manière éclatante.
Saint Augustin, au livre VII de ses Confessions, en parlant de l'excellence des saintes Ecritures, leur rend le même témoignage. Il reconnaît que ce ne fut pas sans un dessein particulier de la providence de Dieu qu'il fut appelé à connaître avant sa conversion les ouvrages des philosophes, afin que la lecture des saints Livres lui révélât l'énorme différence qui existait entre les premiers et les seconds. 11 faut l'entendre s'en exprimer lui-même : « Les philosophes, dit-il, connaissent bien le but qu'il faut atteindre, c'est-à-dire la félicité et le bonheur, mais ils ignorent quelles sont les voies qui conduisent, non-seulement à sa connaissance, mais même à sa possession. Les lettres profanes ne contiennent ni l'image de notre religion, ni les larmes de notre confession ; elles ne font aucune mention du seul vrai sacrifice, qui est un esprit brisé de douleur, un cœur contrit et humilié: elles ne parlent ni du salut du monde, ni de la cité sainte et de l'épouse du Christ, ni des arrhes de l'Esprit-Saint, ni du calice qui contient le prix de notre rédemption. En elles pas de ces chants qui retentissent dans les livres prophétiques : Est-ce que vxon âme ne serait pas soumise au Seigneur? C'est de lui que vient ma délivrance. Ps. lxi, I. Vous avez caché ces choses, Seigneur, aux grands et aux sages du monde, et vous les avez révélées