‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 81 sur 383 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Dix-septième 'excellence de noire foi : le témoignage des sibylles.

Comme notre Seigneur venait au inonde pour racheter tous les hommes, Juifs et Gentils, il lui a plu de faire annoncer sa venue à tous les hommes longtemps avant qu'il parût sur la terre, car s'il s'était montré tout-à-coup, sans préparation, les yeux des mortels auraient été aveuglés par la splendeur d'une si grande lumière, c'est-à-dire d'un si ineffable mystère. 11 envoya aux

Juifs ses prophètes tout remplis de l'Esprit-Saint ; les Gentils eurent les sibylles, dont les témoignages sont entièrement d'accord avec ceux des prophètes; il fallait que les infidèles ne pussent pas élever le moindre doute sur les oracles de ces vierges, en accusant les chrétiens de les avoir inventés pour donner du crédit à leur religion; c'est pourquoi Dieu voulut, qu'avant la naissance du Sauveur, et par conséquent avant qu'il y eût des chrétiens dans le monde, un poète païen, Virgile, nous transmît les prédictions de la sibylle de Cumes, qui renferment un résumé de tout ce que les prophètes avaient annoncé. Le grand Constantin ne pouvait se lasser d'admirer ce prodige, et tous ceux qui voudront y réfléchir un peu partageront cette admiration et ce ravissement. Quelles étaient donc les prédictions de cette sibylle? En voici le résumé, d'après ce que nons en apprend Virgile. Elle annonçait « qu'une vierge paraîtrait sur la terre , qu'une nouvelle race descendrait du haut des deux pour réformer les hommes, que l'âge d'or, c'est-à-dire l'âge de la pureté et de la sainteté, viendrait de nouveau réjouir le monde, enfin qu'en ces jours fortunés les serpents dangereux seraient mis à mort, et que les faibles troupeaux ne craindraient plus les lions terribles. » Les dernières promesses peuvent-elles signifier autre chose sinon que les hommes remplis de venin comme les serpents se dépouilleraient de leur malice, et (nie ceux qui sont superbes et fiers comme les lions perdraient leur orgueil, deviendraient humbles et, petits, et s'uniraient aux petits et aux humbles. Isaïe avait annoncé les mêmes prodiges, et voici en quels termes : « Sous son règne, le loup habitera avec l'agneau, et le tigre auprès du chevreau; la génisse, le lion, la brebis habiteront ensemble; le lion et le bœuf iront aux mêmes pâturages; l'enfant à la mamelle mettra la main dans la gueule du basilic sans en ressentir aucun mal. » Isa. xi, (i-8. Toutes ces expressions sont des figures par lesquelles l'Esprit-Saint exalte et célèbre le changement miraculeux qui devait s'opérer chez un grand nombre d'hommes après la prédication de l'Evangile, et dont nous avons parlé plus haut. Que ces prédictions extraordinaires se soient réalisées, c'est un fait incontestable qu'attestent également et les

Page 1