CHAPITRE XIX
Dix-huitième excellence de la religion chrétienne : témoignage des martyrs.
Après le témoignage des sibylles, citons celui des saints martyrs, duquel saint Maximin a dit : « La foi catholique est la mère des martyrs ; ses chevaliers, soutenus par Jésus-Christ, ont scellé sa vérité par leur sang et l'ont attesté par leur mort. Ah! ces hommes n'auraient jamais eu la pensée de sacrifier leur vie avec tant de constance s'ils n'avaient pas cru , d'une foi inébranlable, que par leur mort ils gagnaient une autre vie mille fois préférable à celle qu'ils laissaient. » En développant cette matière, je ne me bornerai pas à remplir le rôle d'abréviateur, parce que je veux ajouter quelque chose à ce que j'ai écrit à ce sujet dans mon Introduction. Qu'on n'oublie pas cependant ce que j'y ai dit; il n'est pas de sujet que je traite avec plus de plaisir que celui-là, mais il n'en est pas qui m'effraie davantage. Telle est en effet son excellence, qu'on ne peut se faire une juste idée de sa grandeur, et qu'on peut encore moins l'exprimer par le langage. Je demande donc à Celui qui fortifiait les martyrs et qui leur donnait la force de supporter patiemment leurs souffrances , de me venir en aide afin que mes paroles soient dignes des merveilles qu'elles veulent célébrer.
Au début de cet exposé , et avant toute autre explication, répondons à une objection spécieuse à laquelle se heurte souvent la
13fi INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOI.
prudence humaine. Pourquoi Dieu a-t-il voulu établir la foi dans le monde au moyen d'un si grand nombre de martyrs dévoués à de si horribles et de si épouvantables supplices? Une seule parole du prophète Jonas ne fut-elle pas suffisante autrefois , non-seulement pour donner la foi à tous les Ninivites, mais encore pour les corriger de leurs égarements et leur faire faire pénitence? Sans doute que Dieu pouvait convertir le monde aussi facilement qu'il convertit cette ville coupable, car pour lui il n'y a rien d'impossible.
Pour répondre à cette difficulté, prenons les choses à la racine, et n'oublions pas que le Seigneur notre Dieu, comme nous l'apprend saint Jean, est l'alpha et l'oméga , c'est-à-dire le principe et la dernière fin de tout ce qui existe; il a tout fait et il a tout fait pour lui ; ce qu'il s'est proposé, c'est de manifester sa gloire par la grandeur de ses œuvres et par les merveilles qu'il devait opérer en elles. S'il en est ainsi, la chose la plus conforme aux intentions de Dieu était celle qui tournait le plus à sa gloire et qui le glorifiait plus parfaitement.
Ce premier point établi, il faut savoir qu'encore que toutes les créatures, chacune à leur manière, glorifient le Seigneur, aucune de ces créatures, que dis-je, toutes les créatures unies ensemble ne lui rendent pas autant de gloire que le courage et la fidélité des martyrs qui, au milieu des plus horribles tourments et des plus affreuses souffrances, ont su conserver entiers et la foi et le respect qu'ils devaient à ce souverain Roi et Seigneur. La trèssainte Vierge, notre souveraine maîtresse, ne fait pas exception à cette loi, car saint Augustin nous apprend qu'elle fut martyrisée au pied de la croix ; Jésus-Christ notre Sauveur y est lui-même compris, puisque saint Jean l'appelle «le témoin fidèle, » Apoc. r, 5, ce qui signifie martyr. Je dis donc comme conséquence de cette vérité, que la gloire qui rejaillit sur cette majesté souveraine du témoignage sanglant des martyrs fut si grande, que celle qu'il n v. dt de toutes les autres créatures en ce monde n'est rien en comparaison de celle-là. Et ici, qu'on ne croie pas que je veux parler seulement de la beauté du soleil, de la lune, des étoiles et des eieux! Sans doute ces créatures célèbrent Dieu et rendent gloire