CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XIX
des supplices dont le récit seulement nous remplit d'épouvante, alors surtout qu'ils n'espéraient rien en cette vie du prix de leurs travaux. Quand les chevaliers de la terre s'exposent aux rigueurs des batailles et volent au premier danger, ils espèrent de leurs rois, en retour des périls auxquels ils se sont exposés pour eux, de grandes récompenses ; le martyr, au contraire, n'espérait rien en cette vie ; néanmoins , soutenu par l'espérance des biens qu'il ne voyait pas, il endurait sans faiblir les tourments qu'il voyait et qu'il souffrait.
Cela dit, revenons à notre sujet; outre les supplices mentionnés plus haut, le dragon infernal, plein d'orgueil et de rage, se voyant chassé de son trône, en inspirait de plus cruels encore aux cœurs des tyrans. En voici quelques-uns. Quelquefois ils enfermaient les fidèles dans des prisons ténébreuses ou dans des caves obscures où ils mouraient de faim, de soif ou de froid; il n'était pas rare qu'ils y fussent dévorés par la moisissure, l'humidité et l'infection intolérable des lieux. Mais les mauvais traitements qu'on leur faisait subir, qui pourra jamais dire quels ils étaient? Quelquefois on les frappait de verges, de fouets, déballes de plomb qui déchiraient leurs corps ; d'autrefois, après avoir mis leur chair en lambeaux, on les tournait et on les retournait sur des brasiers et sur des morceaux de tuiles aiguës, afin qu'elles pénétrassent dans les plaies que le feu avait ouvertes ; souvent on trouait leur corps avec des pointes de fer embrasées, pour que le fer et le feu, joints ensemble, leur fissent subir d'atroces douleurs. Voici bien encore d'autres supplices aussi cruels. On frappait les martyrs sur les épaules avec des fouets garnis de fer aigu; on les couchait à terre, et là on les battait à coups de nerf de bœuf avec tant d'acharnement et pendant si longtemps qu'on leur arrachait la vie ; on déchirait leur chair avec des crocs de fer jusqu'à mettre leurs os à nu et à faire sortir leurs entrailles du corps ; on les attachait à des planches de fer embrasées ; on les suspendait la tête en bas, et on plaçait sous leur tête une marmite bouillante d'où sortait une insupportable fumée de soufre, de poix et d'huile ; enfin on les faisait marcher sur des charbons ardents. Entre mille tourments horribles, on fit subir à un saint
loi INTRODUCTION AU SYMBOLE DE LA FOI.
personnage celui-ci : on lui fit des brodequins de fer qui montaient jusqu'aux cuisses, puis après les avoir fait chauffer dans un brasier, on les mettait aux pieds du saint martyr. Qui donc aurait jamais imaginé ce raffinement inouï de cruauté dont nous rencontrons le récit au troisième jour de septembre ? "Mais que dire encore de l'usage qu'on faisait des dépouilles sacrées des martyrs? Ces eorps sacrés, on les faisait rôtir sur des grils, on les faisait cuire dans des chaudières, on les faisait frire dans l'huile bouillante, on les rangeait dans des bassins de marbre après leur avoir coupé les os des mains et des pieds ; on les faisait asseoir quelquefois sur des sièges de fer brûlant ; on les étendait enfin sur des lits de fer sous lesquels on avait allumé un grand feu. Dans les kalendes, au premier jour de septembre, nous lisons qu'on mit sur la tête d'un saint un cabasset de fer embrasé ; nous voyons qu'on martyrisa quelques vierges en leur enfonçant dans la bouche, jusqu'à la gorge, du fer tout ardent. Peut-on rien concevoir de plus abominable et de plus cruel? Et cependant tout n'est pas là. Quelquefois on leur arrachait les yeux , on leur coupait la langue, les pieds, les mains, on leur broyait la bouche avec des pierres. Un supplice plus affreux encore consistait à étendre les saints sur des claies de joncs, et de les exposer nus, après avoir jeté sur eux de l'huile et du miel , aux rayons du soleil, afin que les guêpes et les abeilles, attirés par l'attrait des matières dont elles sont si friandes, ne cessassent pas un seul instant de les tourmenter, et que, par leurs piqûres continuelles, elles vainquissent, comme dit saint Jérôme, ceux qui avaient triomphé des grils et des flammes. On précipitait quelquefois les martyrs de hauteurs très-élevés sur des pointes aiguës plantées enterre, on les crucifiait, on les lapidait, on les écorchait vifs, puis on leur coupait la tête. On les sciait quelquefois par le milieu du corps; enfin, cruauté mille fois plus affreuse! on les enfermait dans un sac où l'on avait mis beaucoup de serpents, et après avoir fermé le sac et y avoir attaché une pierre, on les jetait au fond de la mer.
C'est par ces tourments et par d'autres semblables que la cruauté ingénieuse des tyrans et des démons cherchait à ébran-