‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 91 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XIX. loi · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XIX. loi

capitaines qui, par leurs encouragements et leurs paroles, mais surtout par leurs exemples, marchaient à leur tête, les animaient et les fortifiaient, et mouraient même en leur sainte compagnie. Ainsi moururent en Egypte Philéas et ses brebis, fiers de suivre un si bon pasteur, et heureux de conquérir avec lui la palme du martyre.

Qu'elle est donc glorieuse et belle la religion chrétienne avec ses témoins intrépides qui l'ont défendue au prix de leur sang et de leurs souffrances ! Oh ! que le chrétien doit vivement remercier le Seigneur de ce que, .par la constance et la fermeté de ces témoins, il a conservé la foi et l'a transmise comme de main en main jusqu'à nos temps ! Les martyrs ont été des athlètes vaillants et courageux exposés au feu de la bataille , et nous, venus après eux, nous n'avons qu'à recueillir les fruits de leurs travaux.

Que si le nombre des martyrs donne plus d'autorité au témoignage de la foi, combien ne paraîtra-t-il pas plus éclatant si nous considérons leurs tourments et leurs supplices ! Quel raffinement singulier de cruauté ! Comment le dévoiler et l'expliquer ? On les attachait quelquefois à la queue des chevaux qui traînaient sans pitié leurs corps destinés au trépas ; d'autrefois on les enduisait de poix et d'huile bouillante ; on leur brûlait les côtés avec des torches enflammées; après avoir mis les chairs de quelques autres en lambeaux, on enterrait leurs corps jusqu'à la ceinture et on les abandonnait dans cet état jusqu'à ce qu'ils expirassent; ceux-ci étaient ensevelis vivants sous des monceaux de pierres ou de terre ; ceux-là étaient jetés dans la mer ; il y en avait qu'on livrait aux bêtes ; il y en avait d'autres qu'on précipitait d'un lieu très-élevé; d'autres, déjà cruellement fouettés, avaient les bras tordus et toutes les articulations entièrement disjointes, puis, dans ce cruel état, on les suspendait à une grande hauteur et on les laissait tout le jour livrés aux plus vives souffrances; on broyait quelquefois avec des meules de moulin les os des jambes de quelques autres qui, abandonnés ensuite, se trouvaient en proie aux douleurs des plus atroces.

Un autre genre de supplice, c'était d'abandonner les martyrs sur les voies publiques, avec défense expresse à qui que ce fût

de les recevoir ou de leur donner aucun secours; ils étaient là, jour et nuit, sans rien boire ni manger, jusqu'à ce que la mort ouvrit à leur intrépide constance les demeures des cieux et les fit asseoir à la table même des anges. Ainsi mourut un saint évêque âgé de quatre-vingts ans : ni son âge, ni ses cheveux blanchis ne purent lui obtenir la compassion de personne. On mettait aussi quelquefois des chaussures de fer, garnies intérieurement de clous aigus, aux pieds des martyrs, et sans aucun ménagement, on les forçait à marcher. Mais qu'on se garde de croire que les tyrans se bornaient à essayer d'un seul de ces tourments ; s'ils ne pouvaient triompher d'une manière, ils essayaient de l'autre, redoublant incessamment de férocité et de rage, comme nous le verrons plus loin.

Suito du même sujet.

Toutes ces cruautés et tous ces supplices, vus de près et examinés, non plus avec les yeux de la chair mais avec ceux de l'esprit, apparaissent comme les plus grandes merveilles opérées par Dieu après les mystères de l'Incarnation et de la Passion du Christ. La création du ciel et de la terre semble peu de chose auprès d'eux ; ils exaltent plus qu'elle la gloire de Dieu , et rien ne témoigne et ne déclare mieux la vertu et l'efficacité du sang du Christ qui obtenait aux martyrs cette admirable constance dont les anges eux-mêmes étaient ravis. Que le lecteur chrétien ne se dégoûte pas d'entendre des choses si étranges ; mais que l'admiration qu'il éprouvait en lisant ces merveilles s'accroisse en lui à la vue de cette chair plus forte que l'esprit et de ces corps humains, animés et soutenus par des cœurs de fer. Qu'il conçoive par là combien doit être grande la gloire qui est l'objet de nos espérances, puisque sans parler des mérites du sang du Christ, Dieu la donne à ce prix, et qu'il la donne sans regret, comme il le «lit lui-même par saint Jeanî Que son esprit puise dans cette étude une confirmation nouvelle de sa foi, en considérant qu'il était impossible à un si grand nombre d'hommes et de femmes délicates, livrés à eux-mêmes et privés de tout secours divin , de résister à

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