‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 94 sur 383 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Où l'on traite en 'particulier de quelques martyres de saints et de vierges.

Jusqu'ici nous n'avons rien dit que de général; racontons maintenant en détail les supplices auxquels furent livrés quelques martyrs célèbres, afin que la vue de leurs tourments nous éclaire sur ceux qu'eurent à supporter un grand nombre d'autres saints dont nous ne pouvons parler; dans tous les cas, en effet, ces tourments procédaient de la même source : ils étaient inspirés par la fureur et la rage des démons brûlant dans les cœurs des tyrans. Nous avons suivi, dans cet exposé, le Martyrologe de Pierre Galésime, homme profondément éloquent et sérieusement instruit, Martyrologe nouvellement publié.

Les premiers martyrs dont je veux parler sont deux jeunes enfants, unis par les liens du sang, qui s'appelaient Pergentin et Aurentinus. Ils étaient nés le même jour, dans la ville d'Arèce, de parents nobles et distingués. Jeunes par l'âge, ils étaient déjà des hommes par leur vertu et leur courage, car le Seigneur avait établi son séjour dans ces âmes resplendissantes de l'incomparable trésor de la pureté, et, soutenus par son puissant secours, ils résistèrent aux plus affreux supplices et eurent enfin la tête tranchée ! Heureux enfants, frères fortunés, plus unis encore par les liens de la foi que par ceux du sang, vous avez mérité d'être appelés ensemble à la vie de la terre, et de gagner le même jour l'éternelle vie des deux.

Que dirai-je maintenant de sainte Prisque, vierge romaine, qui souffrit le martyre à treize ans? Elle fut d'abord souffletée et mise en prison; le lendemain on fit tomber ses chaînes, mais, comme elle persévérait toujours dans la confession de la foi, on la battit de verges, puis on répandit sur tout son corps de l'huile bouillante, et on la conduisit de nouveau dans le feu. A trois jours de là on voulut la faire dévorer par un lion qui ne lui fit aucun mal. Elle fut enfermée ensuite dans un cachot et pendant trois jours exposée aux horreurs de la faim. Puis on l'attacha à un chevalet, et on déchira ses chairs tendres et virginales avec des crochets de fer; puis on la jeta ensuite dans les flammes qui, respectant ses membres virginaux, laissèrent intacte l'épouse sacrée de Jésus-Christ. Il fallut, pour la faire mourir, que ses bourreaux, lassés de la torturer, la conduisissent hors de la ville et lui coupassent la tête. Comment ne pas admirer ici la vertu de Dieu et sa toute-puissance, qui mirent tant de courage dans un corps si délicat et si faible? 0 jeunes et tendres années, ô treize ans de cette vierge, vous avez vaincu toute la puissance du monde et de l'enfer !

Que si un tel courage dans un si faible corps nous étonne et nous ravit, je citerai un autre exemple d'une martyre plus jeune encore. De même que Dieu semble plus admirable dans la création d'un moucheron que dans celle d'un éléphant, à cause de tous les organes et de tous les sens qu'il a mis dans ce petit animal, de même aussi nous semble-t-il plus admirable dans la force de ces vierges que dans celle qu'il a donnée à des hommes robustes et vigoureux. Qui donc n'admirerait la puissance de Dieu en considérant le martyre de la vierge sainte Basilisse, qu'on lit au trois du mois de septembre? À neuf ans, cette tendre épouse du Christ fut arrêtée comme chrétienne. Après avoir été d'abord souffletée, elle fut cruellement frappée de verges; on attacha ensuite sa tête avec des chaînes, et on la força à respirer la fumée de la poix, du soufre et du plomb fondus ensemble. On la jeta dans un ardent brasier, mais l'Epoux céleste eut pitié de son épouse et la préserva miraculeusement du feu, comme autrefois les trois enfants dans la fournaise. Puis, comme on la conduisait

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