‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 95 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE XX

hors de la cité pour lui faire souffrir le martyre, elle se sentit prise d'une soif ardente et subite; pleine de confiance en Celui pour lequel elle allait mourir, elle lui demande un peu d'eau pour étanclier sa soif; sa prière fut aussitôt exaucée, et sur le chemin surgit une fontaine à laquelle la vierge put se désaltérer; quelques instants après, elle envoya son esprit très-pur à l'Epoux céleste, au milieu de la prière la plus fervente. Qui ne glorifierait pas Dieu après de tels supplices endurés avec constance par une vierge de neuf ans ?

Mais il est tout aussi digne d'être glorifié dans le martyre de sainte Christine, dont on trouve le récit dans les kalendes au dix du mois de mai. Née en Sicile, d'un père idolâtre nommé Urbain, elle se sentit tout-à-coup enflammée de zèle pour la gloire de son Epoux céleste, et elle mit en pièces toutes les idoles de la maison de son père. Celui-ci ne s'écouta plus, et oubliant de suite sa condition et son amour, il n'obéit qu'aux inspirations secrètes de sa cruauté et de sa fureur. Il fit donc fouetter sa fille, puis il donna ordre de la mettre en prison; mais ce n'est pas tout, et toujours sous son commandement, on mit en pièces ses chairs virginales avec des crochets de fer ; on l'attacha ensuite aux roues d'un char, et on lui fit respirer la fumée de l'huile bouillante. Non content d'être devenu le bourreau de sa fille, ce père dénaturé la livra à la justice pour ajouter de nouveaux tourments à ceux qu'elle avait déjà endurés. Ses désirs furent accomplis, car le juge ayant appris, par son exemple, à se montrer cruel, la condamna à des tortures plus affreuses ; ainsi il lui fit couper la langue et arracher les mamelles. Mais enfin, furieux de ne pouvoir ébranler la constance de cette humble vierge, il donna ordre de lui percer le cœur. Ainsi mourut cette âme enrichie des dons de Dieu, ainsi s'unit-elle à son céleste Epoux avec sa double couronne de vierge et de martyre. Oh! richesse de ces douze, de ces treize et de ces neuf années, comme le pouvoir de la grâce éclate bien et brille en vous! Qui pourrait être assez incrédule pour ne pas voir clairement qu'il était impossible, à un âge si tendre, d'endurer ces affreux tourments les uns après les autres, sans découragement, sans faiblesse, sans une parole de défaillance ou

de murmure? Et qu'auraient pu faire de plus ces vigoureux athlètes, s'ils avaient eu un corps d'acier? Oh! qu'il est bien juste de dire que Dieu est admirable dans ses saints et qu'il se sert des instruments les plus faibles pour triompher de toute la puissance et de toute la force du monde !

Au récit du martyre de ces deux vierges, j'ajouterai celui des tortures de la vierge Fébronia. L'admiration gagne invinciblement mon âme à la vue des supplices horribles qu'on fit subir à cette héroïque vierge. On la battit de verges; on lui fit souffrir les horreurs du chevalet; on brûla sa chair avec des torches enflammées; on lui arracha toutes les dents; on lui coupa la langue, les deux mamelles, les pieds, les mains, et, pour terminer son martyre, on lui trancha la tète. 0 vierge sainte, ditesnous ce que vous éprouviez quand on vous coupait un pied ou une main et que vous attendiez qu'on vous coupât l'autre? Oh! que le Seigneur, pour lequel vous souffriez, se montrait admirable et puissant, en donnant à une tendre et faible vierge une si admirable constance I

Cette force d aine, dans des corps si débiles, nous surprend et nous étonne; mais notre admiration doit redoubler devant le martyre de sainte Sabine, qu'on peut lire dans les kalendes, au troisième jour de septembre. Cette vierge intrépide n'avait que neuf ans lorsqu'elle fut mise à mort. Qui vit jamais, dans une enfant de neuf ans, l'exemple d'une force et d'une constance aussi magnifique ?

Passons maintenant à d'autres martyrs aussi glorieux; nous nous contenterons de rapporter brièvement leurs travaux, en comptant sur la dévotion du pieux lecteur pour en considérer la grandeur et la dignité. A Rome, le dix-neuf janvier, furent mis à mort deux époux chrétiens, nommés Marius et Marthe, ainsi que leurs deux enfants, Audifax et Abacuch, nés en Perse, d'une illustre origine ; ils étaient venus à Rome, où ils s'occupaient à ensevelir les cadavres des martyrs, à visiter les prisonniers, à consoler les malheureux et les affligés, à secourir les pauvres auxquels ils distribuaient de leurs biens. C'est tandis qu'ils vaquaient à ces saints exercices qu'ils furent pris ; on chercha vainement à leur

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