CHAPITRE VII
[ De la figure appelée en latin Sermocmatio. commuuication de discours.
.le ne sais s'il se peut rien trouver dans l'art de l'éloquence qui appartienne plus particuhèrement à la prédication que cette figure, qui est encore une espèce de description des personnes. Commençons par la définition etJ'exemple que Corniflcius en donne : « La communication de discours est , dit-il, lorsqu'on attribue un discours à une personne , et qu'on l'expose d'un air et en des termes proportionnés à sa dignité ; » ou plus clairement, lorsqu'on introduit et qu'on fait parler dans un discours une ou plusieurs personnes, chacune par rapport à son état et à sa condition, de cette manière :
« La ville étant pleine de soldats de tout côté, et les habitants renfermés dans leurs logis, tout saisis et accablés de crainte, le vainqueur vint, l'épée au côté et un dard à la main, suivi de cinq jeunes hommes vêtus et armés de même , et ne respirant que le sang de celui qu'il cherchait; il entre dans la maison plein de fureur, et criant d'une voix menaçante : Où est , dit-il , le maître de ce logis? qu'on le cherche, il faut que je le voie. Quoi! pas un de vous ne parle?) La frayeur dont ils étaient frappés les rendant tout étourdis et comme muets, la maîtresse, toute tremblante pour son
infortuné mari et toute en pleurs, se jette aussitôt à ses pieds : Ah ! pardonnez, lui dit-elle, et soyez touché de notre état ; ayez pitié de nous, je vous en conjure par tout ce que vous avez de plus cher au monde ; ne perdez pas des malheureux sans ressources. Usez de votre fortune avec humanité; nous avons aussi été heureux. Souvenez- vous que vous êtes homme. Celui-ci la rejetant : Cessez, dit-il, vos cris et vos pleurs; il faut que je le trouve ; il ne m'échappera pas.
« On court cependant avertir le mari que cet ennemi vainqueur est dans le logis, et qu'il le cherche pour le tuer. Sur cet avis il appelle aussitôt la gouvernante de ses enfants : Gorgia, lui dit-il, sauvez promptement ces petits, mettez-les en sûreté , et veillez à ce qu'ils soient élevés avec grand soin. A peine avait-il achevé de parler, que cet ennemi paraissant tout d'un coup, lui dit : Tremble, malheureux , je vais assouvir ma vengeance dans ton sang. L'autre répond en homme de cœur : Tu veux m'assassiner ! hé bien ! il faut mourir, mais je mourrai sans être vaincu. — Quoi ! sur le point de perdre la vie, tu conserves encore ta fierté, reprend celui-ci! tu parles par sentence, et ne veux pas user de prière à l'égard de celui que tu vois être le maître de ta vie. — Hélas ! s'écrie alors la femme, vous voyez au contraire qu'il prie, vous le voyez soumis et en état de suppliant : soyez-en touché, et laissez vous fléchir : Et vous , au nom de Dieu , embrassez ce vainqueur. Vous êtes sous sa puissance. Il vous a surmonté, tâchez de vous surmonter aussi vous-même. — Mais, reprit le mari, pourquoi donc, ô femme, continuez-vous de parler de la sorte? Cessez de dire des choses si peu dignes de moi , et mêlez-vous seulement de celles dont -vous devez prendre soin. Et toi, qu'atteiids-tu à m'ôter la vie, et à te ravir à toi-même par ma mort toute espérance de jamais bien vivre? Celui-ci repousse aussitôt la femme qui se jetait au-devant de lui; et comme le mari commençait à dire je ne sais quoi de très- digne de son grand courage, il lui passa son épée au travers du corps. » Il me semble que dans cet exemple on attribue à chaque personne des discours proportionnés à leur situation.
Cette figure est très-fréquente dans le livre de la Sagesse. On en voit un exemple dans le second chapitre, où le Sage introduit et