LIVRE III, CHAPITRE Vil
fait parler des hommes méchants et corrompus, qui s'exhortent les uns les autres à la débauche et à l'impiété : « Le temps de notre vie est court et fâcheux ; l'homme après sa mort n'a plus de bien à attendre, et l'on ne sait personne qui soit revenu des enfers. Parce que nous sommes nés de rien, après la mort nous serons aussi réduits à rien, nous serons comme si nous n'avions jamais été. La respiration est dans nos narines comme une fumée, et la raison est comme une étincelle de feu qui remue notre cœur. Lorsqu'elle sera éteinte, notre corps sera réduit en cendres, l'esprit se dissipera comme un air subtil, notre vie disparaîtra comme
une nuée qui passe Venez donc, jouissons des biens présents.
Hàtons-nous d'user des créatures pendant que nous sommes jeunes; enivrons-nous des vins les plus exquis; parfumons-nous d'huile de senteur, et ne laissons point passer la fleur de la saison : couronnons-nous de roses avant qu'elles se flétrissent, et qu'il n'y ait point de prés où notre intempérance ne se signale ', » etc.
On trouve dans le cinquième chapitre une longue et vive description de rhorreur et de la crainte des méchants au jour du dernier jugement, et des discours qu'ils tiendront alors : « Alors les justes s'élèveront avec une grande hardiesse contre ceux qui les auront accablés d'afflictiou, et qui leur auront ravi le fruit de leurs travaux. Les méchants à cette vue seront saisis de trouble et d'une horrible frayeur. Ils seront surpris d'étonnement en voyant tout d'un coup, contre leur attente, les justes sauvés avec tant de gloire. Ils diront en eux-mêmes, pénétrés de regret et jetant des soupirs dans le serrement de leurs cœurs : Ce sont là ceux qui ont été autrefois l'objet de nos railleries, et que nous donnions pour exemple de personnes dignes de toutes sortes d'opprobres. Insen-
1 Exiguum et cum tedio est tempus vitee nostrœ et uon refngerium iii fine hominis, et non est qui agûitus sit reversas ab inferis; quia ex nihilo nati sumus, et post hoc erimus tauquàui non fueriiuus; quoniam lumus afflatus est in naribus nostris, et sermo scintilla ad commovendum cornoslrum, quà extinctà, cinis erit corpus nostrum, et spirilns diffuudetur tanquàm iiiolis aer, et transibit
vita nostra tanquàm vestigium nubis Venite ergô, et fruamur bonis quas
sunt, et utamur creaturà tanquàm in juveutute celeriter. Vino pretioso et uuguentis uûi iuipleamus, et non prœtereal nos flos temporis. Coronemus nos rosis autequàm marcescant; nulium pratum sit quod non pertranseat lusuria nostra.
ses que nous étions ! leur vie nous paraissait une folie, et leur mort honteuse ; cependant les voilà élevés au rang des enfants de Dieu, et leur partage est avec les saints ! Nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité; la lumière de la justice n'a point lui pour nous, et le soleil de l'intelligence ne s'est point levé sur nous. De quoi nous a servi notre orgueil? qu'avons-nous retiré de la vaine ostentation de nos richesses ? Toutes ces choses ont passé comme l'ombre \ » etc.
On voit dans le livre des Proverbes une description des discours par lesquels les impies tâchent d'attirer les simples dans leurs dérèglements : « Mon fils, si les pécheurs vous attirent par leurs caresses, ne vous laissez point aller à eux. S'ils disent : Yenez à nous, dressons des embûches pour répandre le sang ; tendons en secret des pièges à l'innocent qui ne nous a fait aucun mal; nous trouverons toute sorte de biens et de choses précieuses, nous remplirons nos maisons de dépouilles; entrez en société avec nous, n'ayons tous qu'une même bourse, n'allez point avec eux 2. »
Le prophète Isaïe se sert de la même ligure pour décrire l'orgueil du roi d'Assyrie; car le Seigneur, après avoir dit de lui : « Malheur à Assur, c'est lui qui est la verge et le bâton de ma fureur ; j'ai rendu sa main l'instrument de ma colère, » ajoute : M Mais Assur n'aura pas ce sentiment, il ne sera pas dans cette pensée, et son cœur ne respirera que les ravages et la destruction de beaucoup de peuples ; car il dira : Les princes qui me servent ne
> Tanc stabunt justi io magnà constantià adversùseos qui se angiistiaverunt, et qui abstuleruut labores eorum. Vidontes (impii) turbabuntur timoré horribiii, et mirabuntur iu subitatioiie iiifperatœ salulis, dicenles iutra se, i.œuitpntiaiii agentfs, et pr<p, angustià spirilûs gerrientcs : Hi sunt quos babuinius aliquandô iu derisum et in simiiitudiuem uupioperii. Nos iuseusali vitaui illorum œstiniiibamus iusauiam, et fine m illorum sine honore. Ecce quomodô computati sunt inter filios Dei et iuler sanctos sors illorum est. Ergo erravimus à via ves rilatis, et justitise lumen non luxit nobis, et sol iutelligentiœ non ortuest nob's... Quid nobis profuit superbia? ant divitiarum jactautia quid conlulit nobis? Transierunt omnia illa tanquàm umbra.
* Fili mi, si te lactaverint peccatores, ne acquiesças eu; si dixerint : Veni nobiscum, insidiemur sanguini, abscondamus tendiculas contra insontem frustra... Omnem pretiosam substantiam reperiemus, implebimus doraos nostras spoliis. Sortem mitte nobiscum; marsupium unum sit omnium uosLrûm. Prov., I, 10.