‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 13 sur 347 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des difficultés qui se reucoutrent dans le ministère de la prédication.

Comme il arrive d'ordinaire qu'il n'y a rien de grand et de sublime qui ne soit en même temps pénible et difficile, on trouve dans le ministère de la prédication, si l'on veut s'en acquitter dignement et avec fruit, autant de peine et de difficulté qu'il y a d'honneur et de mérite. Car, le principal et le plus important devoir des prédicateurs étant, non-seulement de soutenir les justes par la nour ritured'une doctrine sainteet salutaire, mais encore de retirer les méchants et les impies de leurs vices et de leurs crimes ; non-seulement d'encourager et d appuyer ceux qui marchent dans la voie étroite, mais aussi de relever et de presser ceux qui restent abattus loin du terme de la carrière ; non-seulement de conserver par l'efficacité de la doctrine sainte la vie de la grâce en ceux qui l'ont reçue, mais de ressusciter pour ainsi dire par la force de la parole divine ceux qui sont morts dans le péché, et de les ramener à cette nouvelle vie : qu'y a-t-il de plus difficile que cette haute mission? La nature corrompue par le péché et toujours portée aux vices, s'y oppose puissamment. La mauvaise coutume, pour ne pas dire l'habitude invétérée de plusieurs dans le mal, n'y est pas moins contraire. « C'est, dit Sénèque, une si forte peste, que, lorsqu'elle s'est enracinée dans l'esprit, toute la philosophie et la sa-

' Ad dandam scieuliam salulis plebi ejus. Luc, i. 77.

gesse humaine ne pourraient l'en arracher, quand elles y emploieraient même toutes leurs forces. » Est-il besoin que j'ajoute ici ce que dit saint Jean, que « tout le monde est plongé dans le mal ' ?» Faut-il quej 'entreprenne de vous représenter ce que peuvent les mauvaises compagnies, les exemples et les conseils pernicieux, les injures, les railleries, les mensonges, les flatteries et les caresses trompeuses des méchants, qu'il est très-difficile d'éviter dans la société où nous devons nécessairement vivre avec tous les hommes? Est-il nécessaire que je vous entretienne des forces, des ruses, des artifices et des diverses tentations de l'ancien serpent? Ne sait-on pas assez combien est vraie cette parole de Job : « L'adresse de sa main a fait sortir le serpent plein de replis -? » En effet, quelle autre main que celle de Dieu qui est tout-puissant, serait jamais capable de jeter dehors ce serpent tortueux qui tient les âmes des méchants serrées et enlacées dans les plis et les replis de sa queue? car «lorsque le fort armé garde sa maison, s'il n'en survient pas un autre plus fort que lui qui le surmonte, et qui emporte toutes ses armes et distribue ses dépouilles, il demeure maître paisible de la maison et de ceux qui sont dans ses liens ^; » il ferme et bouche tellement tous les sens et toutes les ouvertures par où il pourrait venir quelque lumière aux âmes qu'il possède, que par ses artifices il fait qu'en voyant elles ne voient pas, et qu'en entendant elles n'écoutent ni ne comprennent pas.

L'état de bonne ou de mauvaise fortune, c'est-à-dire la prospérité et l'adversité forment encore un obstacle difficile à vaincre ; car lorsque la détresse est pressante, les hommes n'écoutent plus que ce qui peut soulager leurs travaux et leur misère ; c'est ce qui arriva aux enfants d'Israël dans l'oppression qu'ils souffraient en Egypte : Moïse leur rapportant les paroles de la bouche de Dieu même, ils ne voulaient point l'écouter, dit l'Écriture, à cause de leur extrême affliction et de l'excès des travaux dont ils étaient

' Mundus totus in maligno posilus est. I Joan., v, 19.

' Obstetricantc manu ejus, eductus est coUiber tortuosus. Job., xxvi, 13.

■■* Cum fortis arœatus custodit atrium suum, iu pace sunt ea quae possidet. Si autem forlior eo superveniens viceril eum, universa arma ejus auferet iu quibus coofidebat, et spolia ejus distribuet. Luc, xi, 21.

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