‹ uvres complètes de Louis de Grenade (volume 5)Chapitre 130 sur 347 · LIVRE m, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE VII

sont-ils pas autant de rois? qui m'empêchera de traiter Jérusalem comme j'ai traité Samarie * ? »

On exprime par cette figure non-seulement ce que disent les personnes, mais encore ce qu'elles auraient dû dire. C'est ainsi que Jérémie, pour expliquer l'ingratitude des Israélites envers le Seigneur, représente ce qu'ils devaient dire par ces paroles : « Ils n'ont point dit : Où est le Seigneur qui nous a fait monter de la terre d'Egypte , qui nous a conduits par le désert à travers une terre inhabitée et inaccessible -7 » etc. Et dans un autre endroit : « Ils n'ont point dit en eux-mêmes : Craignons le Seigneur notre Dieu, qui donne en son temps aux fruits de la terre les premières et les dernières pluies, et qui nous conserve tous les ans une abondante moisson ^ »

C'est encore en employant cette figure que l'on fait parler un homme qui s'exhorte et s'anime lui-même à quelque action de la vertu. C'est ainsi qu'un évêque, dont les sermons ont été imprimés sous le nom d'Eusebe , sollicite et presse l'homme fidèle d'examiner soigneusement sa vie et ses actions : « Que chacun expose tous les jours sa conscience aux yeux de l'homme intérieur, et qu'il se corrige et se reprenne lui-même de ses propres défauts. Rendonsnous compte à nous-mêmes chaque jour de la manière dont nous l'avons employé; que chaque àme se dise à elle-même dans le secret du cœur : Voyons si j'ai vécu aujourd'hui/ sans péché, sans envie, sans médisance, sans murmure; ,si j'ai fait quelque chose pour mon salut et pour l'édification des autres. N'ai- je point menti, ne me suis-je point laissé aller à quelque mouvement de colère ou à quelque attrait de la concupiscence? Ai- je fait du bien à quelqu'un? Ai-je pinsé à la mort éternelle ? en ai-je été touché? Qui me rendra

' Vae Assur : virga furoris mei et baculus ipse est, in mauu corum indignatio inea... Ipse autera uon sic arbilrabitur, et cor ejus non ilà existimabil; sed ad contprcndum erit cor ejiis et ad iuterDecicnem geutium non paucarura. Dicet enim : Numquid non principes mei simul et reges sunt?... Numquid non sicut feci Saniariœ et idolis ejus, sic fuciam Jérusalem? Is., x, 5.

2 Non dixerunt : Ubi est Dominas qui ascendere nos fecit de lerrà ^gypti, qui traduxil nos per desertum, per terram iuhabitabiiem et inviam?Jer., il, 6.

* Non dlxenint in corde suo : Metuamus Domiuum Deum nostrum, qui dat nobis pluviam temporaneam et serotiuam iu temporc suo, plenitudiuem aunuae messis cuslodientem nobis. Ibid., v, 24.

ce jour que j'ai malheureusement perdu à des choses vaines et à des pensées pernicieuses et corrompues ? »

Ou a coutume de décrire aussi de cette manière les sollicitations secrètes et intérieures du Saint-Esprit, en lui attribuant des discours par lesquels il frappe à la porte de notre cœur, tâche de nous ramener d'une vie criminelle à une vie pénitente, et nous remet devant les yeux les divers dangers où nous sommes sans cesse exposés, l'incertitude du temps et du genre de notre mort, les ineffables bienfaits de Dieu, les effroyables supplices des réprouvés et les récompenses éternelles des justes.

On peut aussi se servir de cette même figure pour décrire les fausses raisons sur lesquelles les pécheurs fondent l'espoir de leur salut, en exprimant en leur nom ce que chacun d'eux dit et pense en lui-même ; car ils se promettent une longue vie, ils se flattent de la miséricorde divine, du mérite du sang de Jésus-Christ, de l'exemple du bon larron, d'une bonne pénitence à la fm de leur vie, et d'autres semblables choses qui leur inspirent cette fausse confiance avec laquelle ils vivent dans le dérèglement.

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